redoublement ?

20 mars 2013

redoublement ?

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fichier doc Le redoublement précoce pèse lourd dans le parcours scolairefichier doc Le bonus le malus et le redoublement

Redoublement: la question revient (encore et toujours) sur le devant de la scène éducative

François Hollande avait annoncé lors de sa campagne qu’il voulait « réduire » les redoublements, qu’il jugeait « pas toujours utiles ». Le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon était également sur la même ligne. Lors du débat parlementaire dans la nuit de jeudi à vendredi, il a été voté que le redoublement d’une année scolaire devait devenir « exceptionnel », les députés sont allés au-delà de ce que proposait le projet de loi sur l’école

Le mirage du redoublement

Depuis des dizaines d’années, le redoublement est utilisé comme principale remédiation à l’échec scolaire. Est-ce pour autant bénéfique et utile? Le Haut Conseil de l’évaluation de l’école (Hcéé) s’était penché sur le redoublement en 2004 à partir de l’étude de Thierry Troncin. La conclusion était sans appel: au cours préparatoire, sauf circonstances exceptionnelles, le redoublement est inefficace et inéquitable. Il ne permet pas aux élèves de rattraper leur retard et il touche surtout les enfants évoluant dans les catégories les plus défavorisées.

Premier constat, non contesté depuis 20 ans… le système est inefficace. À faible niveau égal au CP, les enfants admis dans la classe supérieure (CE1) ont de meilleures performances scolaires que leurs camarades redoublants. Si les élèves redoublants ont progressé à l’issue de leur deuxième année de CP, c’est principalement dans les tâches d’automatisation et pas dans celles de compréhension.

 

Les chercheurs avancent plusieurs explications.

D’abord, le simple fait de passer en CE1 avec des élèves de niveau supérieur à celui du CP et un niveau d’exigence plus élevé stimule davantage les élèves. Ensuite, les enseignants de CP ne modifient pas leurs pratiques pédagogiques et l’enfant qui redouble va rencontrer les mêmes difficultés au même moment. Les propos de Michel Crahay, chercheur en sciences de l’éducation à l’université de Genève confirment l’étude de l’Iredu: « Toutes les recherches arrivent à la même conclusion: les non-redoublants progressent davantage que les redoublants. Si l’on part du principe qu’un redoublement est une « remédiation », celle-ci doit, pour être efficace, intervenir rapidement et cibler des difficultés précises. Or, quand on redouble, on refait l’intégralité d’un programme qui suit la même logique d’enseignement: les difficultés rencontrées ne sont traitées ni dans l’urgence, ni spécifiquement. Le redoublement est une remédiation grossière et différée dans le temps. »

 

Second constat, le résultat est nuisible. Le redoublement au CP a un effet démobilisateur. Ainsi, les résultats des tests effectués en début de deuxième année de CP, pour les redoublants, sont moins bons que ceux de leurs camarades en début de première année de CE1, alors qu’ils étaient identiques en fin de CP. Le redoublement affecte profondément les enfants et les familles. Pour les enfants, le sujet peut être source de honte, de moquerie. Pour les parents, si dans l’ensemble ils ne contestent pas la décision de l’école, l’épreuve est difficile. Là encore, Michel Crahay tire les mêmes conclusions: « Mes travaux montrent que les redoublants vivent très mal cette année-là. Ils ressentent une tristesse profonde, se mettent à douter de leurs capacités intellectuelles et de leurs chances de réussite dans les études. Parents et enseignants peuvent éventuellement les rassurer, mais la stigmatisation, aux yeux de leurs camarades de classe, est là. Il est prouvé que le redoublement ne donne pas du tout confiance à un élève. Or donner des signes de confiance à un enfant, c’est l’aider à gagner de la maturité. »

En 1980, le taux de retard en fin du CM2 était de 37,3%.

En 2000, il est tombé à 19,5%. Les préjugés des enseignants seraient-ils enfin en train d’évoluer? La loi d’orientation de 1989 était une réponse institutionnelle à l’échec scolaire L’instauration des cycles et le recours à la pédagogie différenciée étaient des moyens de remédier à l’hétérogénéité des classes. En Finlande, classée en tête pour la réussite de son système scolaire, le redoublement n’est utilisé que très rarement (0,5%). D’autres pays d’Europe (Suède, Norvège, Danemark) ont aussi pris depuis longtemps l’option du passage automatique dans la classe supérieure. C’est maintenant au tour du Royaume-Uni et du Japon.

 

Renoncer au redoublement représente une économie d’argent. En Europe du Nord, les sommes dégagées permettent de financer une remédiation individuelle confiée à un enseignant. La démarche s’avère beaucoup plus efficace.

 

Une décision politique lourde de conséquences

Le redoublement n’est pas une mesure qui valorise l’enfant. Son inefficacité est prouvée, ce n’est pas une remédiation pédagogique digne, elle est même contre-productive. Elle ne devient pertinente que si le véritable objectif est de créer une école qui favorise l’inégalité des chances. La décision du ministre de réhabiliter le redoublement s’inscrit dans un ensemble de mesures qui nient le rôle de la pédagogie différenciée au profit d’un retour à la pédagogie traditionnelle, frontale

et homogène. Jean Houssaye, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Rouen, oppose ainsi la pédagogie différenciée à la pédagogie de soutien. « La pédagogie différenciée entend traiter les différences des élèves à l’intérieur de la classe, dans le cours des activités ordinaires. À l’inverse de la pédagogie de soutien, qui, elle, traite à part, sur un temps spécial, les élèves en difficulté. On sort les élèves pour les « réparer », en espérant que ce traitement spécial les

remettra au niveau, en estimant que ce n’est plus au quotidien scolaire de veiller à prendre en compte les différences ».

Autrement dit, la pédagogie de soutien justifie, encourage et donne bonne conscience à la pédagogie traditionnelle, laquelle engendre de l’échec scolaire. La boucle est bouclée. On pourra d’autant mieux orienter dès le collège des élèves en difficulté dans des filières professionnelles que c’est l’école elle-même qui aura engendré ces difficultés. Pour un ministre qui prône une école plus juste, plus efficace et plus ouverte, on peut sans peine affirmer que ce projet de loi est décidément une véritable régression pédagogique. Il nie les avancées pédagogiques de ces dernières années et tourne la page à ce que qui a été inscrit dans les textes depuis l’instauration du collège unique en 1975 qui introduit de fait l’hétérogénéité des élèves au sein de chaque classe.

 

Des exigences toujours plus urgentes

Toutefois, selon l’étude menée dans le cadre de l’Iredu, le passage automatique du CP au CE1 ne suffit pas à remettre l’élève sur les rails. Ainsi, un élève promu faible sur deux a dû redoubler son CE1. « Il faut modifier en profondeur les pratiques d’intervention des enseignants auprès des élèves les plus faibles », assure M. Paul, directeur de l’Iredu. Le développement de l’élève ne s’inscrit pas forcément dans la sacro-sainte année pédagogique.

 

Pour une réelle prise en charge des difficultés des élèves, pour que le redoublement ne reste pas la seule « mauvaise » solution, le Sgen-CFDT revendique :

- la poursuite de la politique des cycles avec une réelle volonté d’assurer la réussite de tous,

- la création de postes permettant une diversification des modalités d’apprentissage, avec plus de maîtres que de classes et une mise en place de groupes de besoin,

- du temps pour le suivi des élèves, la concertation, le travail en équipe et en partenariat,

- le renforcement des dispositifs d’adaptation scolaire dans les actions de prévention et de remédiation.

 

Le redoublement constitue un phénomène culturellement enraciné dans notre pays, une de ces évidences socialement partagées qu’il importe de relativiser. Une des résolutions de congrès du Sgen-CFDT est de lutter contre les exclusions: un devoir pour l’école, un droit pour les élèves, une chance pour la transformation de l’école. « Dans la lutte contre les exclusions, l’École a pour premier devoir de ne pas en créer, puis de ne pas aggraver celles qui existent en dehors d’elle. Toutes en effet ne sont pas imputables à l’École: certaines ne seront combattues efficacement que dans le cadre d’une politique sociale de l’emploi et par la lutte contre toutes les formes d’inégalité. Pour lutter contre les exclusions, l’École doit s’appuyer sur sa mission première: la recherche de la meilleure efficacité pédagogique possible dans la construction de tous les savoirs pour tous les enfants. C’est ainsi qu’elle permettra de passer de l’École pour tous à l’École de tous, de la massification à la démocratisation. »

 

Autres solutions que le redoublement

Voici un document audio fort intéressant qui revient sur le problème du redoublement en France. Selon Sophie Vayssettes, c’est surtout en raison du fonctionnement du système éducatif qui a tant de mal à évoluer. En gros, il faut appréhender les difficultés scolaires d’une autre façon mais cela implique un changement des mentalités.

Sophie Vayssettes de la direction de l’éducation à l’Organisation de coopération et de développement économiques revient sur une note publiée par l’organisation qui souligne le coût et l’inefficacité du redoublement dans les systèmes d’éducation.

 

2 questions abordées…

  • Comment expliquer que la France ne parvient pas à limiter les redoublements?
  • Quelles méthodes pourraient être mises en place pour éviter que les élèves ne répètent pas sans résultat deux fois la même année?

Accéder à l’interview: ICI

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Sophie-Vayssettes-La-suppression-du-redoublement-pourrait-permettre-d-economiser-des-moyens-_NG_-2011-07-19-690723

 

L’APEL demande la suppression du redoublement au primaire 

Caroline Saliou, présidente de l’association de parents d’élèves de l’enseignement privé, a demandé le 11 décembre la suppression du redoublement au primaire. Une revendication inattendue alors que la loi d’orientation commence son cycle de consultation. Mais appuyée davantage sur les travaux des spécialistes que sur les expériences pédagogiques des établissements privés.

Pas d’état d’âme du coté des experts.  Marcel Crahay, professeur aux Universités de Genève et de Liège, tout comme Thierry Troncin, IUFM de Dijon, sont convaincus de l’inutilité du redoublement. « Le drame avec le redoublement c’est qu’avec lui on finit par se faire à l’échec scolaire », résume M Crahay. Il montre comment le redoublement ne remet pas l’élève à flot mais au contraire stigmatise et pousse à la résignation les élèves. Auteur d’une étude menée auprès de 3 500 élèves de CP, Thierry Troncin met en évidence l’injustice du redoublement, dont les conditions varient d’une école à l’autre, et son inutilité. Le redoublement ne répond pas aux difficultés d’apprentissage de l’enfant mais introduit, au primaire, un malentendu : avec le temps les choses vont s’arranger. Il s’accompagne généralement d’une baisse de niveau. Eric Charbonnier, OCDE, rappelle que le coût du redoublement en France est évalué à 2 milliards d’euros. Ce poids n’existe que dans peu de pays européens : l’Europe du Nord et de l’ouest ignore le redoublement. Justement ses écoles sont plus efficaces…

L’enseignement privé est-il prêt à se passer du redoublement ? Ce n’est pas sur au regard des expériences mises en avant par l’APEL. Une école de la Mayenne fonctionne effectivement par cycle et cela règle la plupart des cas. C’est l’idée, défendue par E Charbonnier, que les plans inclinés sont supérieurs aux escaliers en matière d’éducation. Dans un lycée parisien, le chef d’établissement a imaginé un « conseil d’harmonisation » qui reprend les décisions des conseils de classe. L’objectif de baisse du taux de redoublement est atteint mais quel est le coût sur le fonctionnement de l’établissement ? Enfin un collège de l’est de la France a carrément ouvert une filière de relégation où s’entassent à la satisfaction générale les dyslexiques et les cancres…

La demande de l’APEL s’appuie-t-elle sur l’opinion générale ? Un sondage réalisé par Opinion Way montre surtout que le redoublement est un mythe national. Une majorité de français pensent qu’il y a d’autres solutions plus efficaces (77% des parents et 56% des professeurs). Mais 70% des parents et 64% des enseignants pensent que le redoublement permet de rattraper son retard. Une minorité le juge « mauvais » (41% des parents, 26% des enseignants) ou qu’il n’aide pas vraiment (43% et 42%).

Quel avenir pour cette demande ? La proposition pourrait séduire un ministère où la récupération de moyens pourrait permettre de financer la refondation. Resterait posée la question de l’aide devant la grande difficulté scolaire. Un domaine où le système éducatif reste désarmé. Il ne suffit pas de supprimer le redoublement, il faut que les enseignants puissent apporter des réponses aux difficultés des élèves. Ce qui repose la question de la formation continue et du développement des réseaux d’aide.

Par fjarraud , le mercredi 12 décembre 2012.
A qui profite le redoublement ?

Championne du monde du redoublement avec 38% d’élèves ayant au moins redoublé une fois, la France tient à une forme de gestions de la difficulté scolaire déjà abandonnée par la plupart des pays européens, et particulièrement par ceux qui ont de bonne performances scolaires. Si le redoublement se maintient c’est sans doute qu’il arrange beaucoup de monde…

Car la question de l’inefficacité scolaire du redoublement ne se pose plus. De nombreuses études l’attestent. Ainsi T. Troncin établit que  » à niveau initial égal, les élèves faibles qui passent en CE1 progressent mieux que les élèves faibles qui sont maintenus au CP. Les redoublants de CP vont progresser la deuxième année, certes, mais restent fragiles dans les domaines où ils étaient fragiles, et ne rattrapent pas la moyenne de la classe ». Pour D. Meuret, « en règle générale, à l’école et au collège, le redoublement s’avère peu équitable et inefficace du point de vue des progrès individuels des élèves. Il affecte négativement la motivation, le sentiment de performance et les comportements d’apprentissage de ceux-ci et les stigmatise : à niveau égal en fin de troisième, les élèves « en retard » obtiennent de moins bonnes notes que les élèves « à l’heure », sont moins ambitieux que ceux-ci et sont plus souvent orientés en filière professionnelle. En outre, les comparaisons internationales montrent que le redoublement est inefficace du point de vue des résultats d’ensemble des systèmes éducatifs ». Ainsi les pays en tête de PISA ignorent le redoublement. En France, l’écart de performance entre les élèves à l’heure et en retard est colossal. Les jeunes français en seconde générale à 15 ans ont un niveau supérieur à celui des Finlandais. Ceux qui ont redoublé une fois ont le niveau moyen dans PISA de certains pays en développement. Pour D Meuret, le redoublement ne peut se justifier qu’en classe d’examen ou dans le cas d’élève momentanément perturbé. En tous cas, les pays qui n’utilisent pas le redoublement ont souvent de meilleurs résultats scolaires.

 

Du coté des enseignants… Malgré tout le redoublement perdure.  Il est très coûteux. Et depuis des années les académies et les établissements ont inscrit dans leurs objectifs officiels la réduction du taux de redoublement avec une certaine efficacité puisque le taux a effectivement beaucoup baissé. Par exemple on est passé depuis 2000 de 9 à% de redoublants en 6ème et de 7 à 5% en troisième. Hugues Drealants (Girsef) avance plusieurs hypothèses. Pour lui le redoublement serait défendu par les enseignants car il permettrait de « réguler l’ordre dans la classe ».  Il serait un des derniers pouvoirs d’une profession qui revendique une certaine autonomie par rapport au monde extérieur. Il permettrait également d’exercer un tri social, parfois très tôt.

Mais le redoublement a des alliés aussi ailleurs. Le redoublement est défendu par les milieux conservateurs. Ainsi sous Darcos, avec les nouveaux programmes du primaire (2008) la notion de cycle a reculé, légitimant davantage le redoublement. Il fonctionne comme une sorte de filtre mis en place chaque année. Alors que l’Ecole est organisée en cycles, le redoublement permet de multiplier les obstacles à franchir et donc augmente les sanctions pour les difficultés scolaires. Comme les enfants des milieux populaires ont plus de probabilité d’avoir des difficultés scolaires. Ainsi le filtre du redoublement ne s’exerce pratiquement qu’à leurs dépens et favorise la progression scolaire et sociale des enfants des milieux plus favorisés. C’est un outil efficace de reproduction sociale. Ainsi en 2011, 95% des enfants de cadres avaient pu arriver au terme du collège sans redoubler à ce niveau contre 63% des enfants d’inactifs.

Bienheureux redoublement ! Tu es celui qui arrêtes le char du progrès éducatif. Tu es celui qui maintiens les inégalités sociales qui fondent la société.  Tu sépares les « de souche » des autres. Tu es la colonne qui soutient le système élitiste. Bref, tu es néfaste aux petits  mais ô combien utile aux puissants…

Par fjarraud , le mercredi 12 décembre 2012.
Pourquoi le redoublement est-il encore apprécié par les enseignants ?

Si le redoublement dure c’est peut-être qu’il est utile. C’est la thèse défendue par Hugues Draelants, un chercheur belge, en 2006 à propos des enseignants. Pour lui, si les enseignants tiennent au redoublement c’est qu’il les arrange pour garder la main sur l’Ecole.

« Se prononcer pour la suppression du redoublement au motif selon lequel il est « inefficace » – à cet égard le constat des pédagogues et chercheurs en éducation est sans appel – revient à dire que la danse du serpent des indiens Hopi (une des cérémonies amérindiennes les plus spectaculaires) pour faire venir la pluie ne sert à rien. Or, par un tel jugement, on manifeste simplement son ignorance et son incompréhension des rituels amérindiens et plus largement de la place du symbolique dans les sociétés traditionnelles… Il s’agit de rechercher la ou les fonctions latentes du rituel ». La comparaison de Hugues Draelants, du Girsef, peut choquer. Elle éclaire sur le redoublement.

L’auteur ne cherche pas à démontrer l’efficacité pédagogique du redoublement. Son inefficacité est démontrée par de nombreux travaux. Ainsi, dans une publication de l’Iredu, Thierry Troncin jugeait le redoublement « une solution injuste, inefficace sur le plan pédagogique et coûteuse ». Il montrait que les redoublants de CP « resteront plus faibles que leurs pairs » tout au long de leur scolarité : seulement 1 sur 10 obtiendra un bac technologique ou général. D’ailleurs la plupart des pays européens l’ignorent. Mais chez ceux qui le pratiquent (la France, la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne), parents et enseignants lui restent fortement attachés.

Pourquoi les enseignants résistent-ils à la suppression du redoublement ? H. Draelants étudie les réactions des enseignants belges face à une tentative de faire disparaître le redoublement au primaire. Pour lui, s’il se maintient contre vents et marées, c’est tout simplement parce qu’il a son utilité.  » Le redoublement fait l’objet d’un attachement social important et est une pratique difficile à abolir. D’une part, car nombre d’acteurs scolaires continuent à croire dans l’efficacité de la fonction manifeste, on l’a vu. D’autre part, peut-être plus fondamentalement, car le redoublement servait et sert toujours en Communauté française belge (là où il n’est pas interdit) à assumer une série de fonctions latentes ». Il en distingue quatre : « une fonction de gestion de l’hétérogénéité et de tri des élèves au sein des établissements ; une fonction de positionnement stratégique et symbolique par rapport à des établissements environnants ; une fonction de régulation de l’ordre scolaire au sein de la classe ; une fonction de maintien de l’autonomie professionnelle des enseignants ». « En l’absence du redoublement, les enseignants se plaignent en effet du défaut de motivation induit auprès des élèves, il devient (encore plus) difficile de les faire travailler. Ce type de réaction… traduit ainsi le problème d’une relation de longue complicité entre le principe de la menace et le système scolaire qui a été observée en Belgique francophone. La remise en cause du redoublement, bouleverse donc les rôles jusque là établis et soutenus par ce dispositif et redistribue les cartes du pouvoir. Les enseignants ressentent en effet des problèmes d’autorité…, ce qui apparaît fortement déstabilisant ».

Cette déstabilisation rejoint d’autres exigences nouvelles qui touchent le métier d’enseignant. H. Draelants rejoint ici les travaux de Maroy qui analysent la résistance aux réformes comme une réaction à une forme de dépossession professionnelle. « L’interdiction du redoublement au sein du premier cycle participe de fait avec d’autres mesures – instauration d’un droit de recours face aux décisions du conseil de classe ; complication de la procédure d’exclusion ; règles très précises aux refus d’inscription – à priver les établissements et les enseignants de leurs instruments de régulation ordinaire. Face à cette abolition des anciens repères, certains enseignants résistent afin de conserver la maîtrise de leur profession. Ainsi, l’attachement manifesté par les enseignants vis-à-vis du redoublement peut aussi se comprendre comme l’expression d’un groupe professionnel qui revendique le maintien de son autonomie et une certaine vision de ce que l’Ecole doit être. Le redoublement apparaît en effet comme un des instruments de la sélection méritocratique qui, elle même, symbolise un certain pouvoir enseignant et modèle de fonctionnement du système scolaire aujourd’hui en crise ».La défense du redoublement par les enseignants est donc liée à la défense de l’ « autonomie relative » de l’Ecole par rapport au politique et par rapport aux chercheurs et experts qui inspirent celle-ci, voire par rapport aux parents ou au « marché » ».

Ce mouvement de réaction n’est pas sans rapport avec d’autres formes de résistance aux évolutions sociales voire technologiques. Il illustre la crise globale de certaines sociétés européennes. Pourtant seuls ses acteurs peuvent changer l’Ecole…

Etude de H. Draelants

Par fjarraud , le mercredi 12 décembre 2012.

 

Synthèse sur le redoublement

« Le redoublement accroît l’échec scolaire ! »

Au début des années 90, cet argument en trompe l’œil fit son apparition dans les écoles. Avec cette curieuse logique, on pourrait tout aussi bien dire que l’aspirine accroît le mal de tête. Depuis, on  a tellement entendu cette étrange phrase qu’on s’y est habitué au point qu’elle ne choque plus grand monde. C’est le « syndrome d’inversion des concepts » [1].

Que dirait le bon sens dans cette affaire ? « Vous laissez entendre que le redoublement génère de l’échec scolaire ! Je dois avouer que jusqu’à présent j’avais toujours été convaincu du contraire : l’échec scolaire est à l’origine du redoublement. » [2] De la même manière : « On nous fait découvrir que ceux qui redoublent auront au bout du compte, des résultats inférieurs à ceux qui ne redoublent pas. Comme si un chercheur découvrait que les bons élèves ont de meilleurs résultats que les mauvais ! » [3]

Il y a longtemps que le bon sens a déserté l’Éducation nationale. La vulgate officielle reste encore que le redoublement permet rarement de progresser, qu’il prédestine l’élève à un cursus scolaire médiocre, qu’il provoque même des redoublements ultérieurs. Examinons donc ce qui soutient cet invraisemblable discours.

 

Les arguments contre le redoublement

Le premier tient au fait que le redoublement servirait à mesurer l’échec scolaire. Par conséquent, un bon moyen d’améliorer les performances d’une école est donc de limiter le nombre de redoublants, voire de les supprimer. C’est ce que les conseillers pédagogiques et les inspecteurs sont venus expliquer aux instituteurs au début des années 1990. En cassant le thermomètre, on supprime la fièvre. Il suffisait d’y penser… Et cet argument a porté : toutes les écoles voulaient passer pour meilleures qu’elles ne l’étaient en réalité.

Mais la ficelle était un peu grosse. Il a donc fallu trouver autre chose qui fasse un peu plus sérieux.

Ce furent donc les fameuses études. Combien de fois n’avons-nous pas entendu : « Des études ont montré que… », suivi de toute assertion rocambolesque. L’enseignant récalcitrant ne pouvait que se taire puisque des études avaient démontré scientifiquement une faribole constructiviste. En l’occurrence, pour ce qui nous intéresse ici, que le redoublement est nocif, à la fois inefficace et pénalisant…

La bonne question qu’il faut se poser est de savoir quelles sont ces études. Il est difficile de dénicher leurs références, mais celles qui semblent être le plus souvent citées sont un article pionnier de 1983 portant sur le primaire de C. Seibeil et J. Levasseur [4] et le travail d’A. Grisay sur le collège (1993) [5]. Viennent ensuite le livre de J.J. Paul, Le redoublement : pour ou contre ? [6] (question saugrenue puisque la réponse est évidente pour l’auteur), et surtout la thèse soutenue en 2004 par Thierry Troncin [7], sous la direction du précédent, Jean-Jacques Paul, directeur de l’Iredu.

Quels sont les organismes qui mènent ces études ? Principalement la Direction de l’évaluation et de la prospective (DEP) et l’Iredu (Institut de recherche sur l’économie de l’éducation). D’autres se chargent d’en faire la publicité, comme le Haut Conseil de l’évaluation de l’école [8].

 

Que disent ces études ?

Natacha Polony [9] en donne le principe général : « On prend à un niveau donné des élèves qui ont fait deux sixièmes, et d’autres qui n’en ont fait qu’une. On constate qu’en moyenne, ceux qui ont redoublé leur sixième sont moins bons que ceux qui ne l’ont pas redoublée. Et l’étude de conclure que le redoublement n’a servi à rien ! Imaginer que les redoublants avaient déjà des difficultés qui, peut-être, auraient empiré s’ils n’avaient refait leur sixième passe évidemment pour une hérésie… »

Ainsi on peut lire dans une publication de la DEP (2004) : « Les élèves qui ont redoublé en primaire, malgré une année supplémentaire, manifestent à l’entrée en 6e de plus grandes difficultés dans la maîtrise du français et des mathématiques ». La belle affaire ! « Le destin des élèves ayant redoublé le CP est particulièrement révélateur : le ¼ d’entre eux atteignent la terminale et moins d’1 sur 10 devient bachelier général et technologique » [10]. Donc ? La bonne réponse est : l’utilité du redoublement n’est pas prouvée. La mauvaise : il est étonnant qu’autant d’élèves ayant déjà des difficultés au CP parviennent à décrocher leur bac.

Que veut-on montrer dans ces études ?
- que le redoublement est mauvais,
- que le redoublement précoce est très mauvais,
- que le redoublement est inefficace parce qu’il ne permet pas aux enfants de rattraper leur retard.

Mais, curieusement, ces études ne s’intéressent pas au passage automatique de classe en classe jusqu’à l’éjection finale quand l’élève atteint ses 16 ans. Elles ne s’intéressent pas non plus aux états d’âmes des enseignants qui voient passer en classe supérieure des élèves ayant décroché, parfois depuis bien longtemps.

Tout juste un rapport d’Antoine Prost [11] reconnaît que « le redoublement a diminué [de moitié durant les années 90 avec l’application de la loi Jospin] sans d’ailleurs que les performances des élèves se dégradent [pour ceux qui n’auraient toujours pas compris], mais sans non plus qu’elles progressent. » Le contraire aurait été intéressant…

La DEP note aussi qu’au lycée, le redoublement « semble constituer une mesure souvent utile puisque 79 % des redoublants obtiennent le baccalauréat général ou technologique » [12].

Dans l’étude menée par Troncin, on reconnaît du bout des lèvres que le passage automatique du CP au CE1 ne remet pas à niveau l’élève qui était en difficulté : un sur deux a dû redoubler son CE1. Ces élèves ont-ils réussi à se remettre de ce passage forcé et de ce redoublement tardif : que sont-ils devenus au Cycle III ? Mystère…

Pas un mot au sujet d’études inverses. Celles prouvant que le redoublement constitue une mesure pédagogique pouvant aider les élèves décrocheurs à se remettre au niveau.

Pourtant, parmi les nouvelles brèves du magazine La Classe, pourtant d’ordinaire très constructiviste, quelques lignes ont évoqué une étude réalisée par l’Institut de Rhénanie-Westphalie de recherche économique, après une enquête auprès de 2 500 élèves nés entre 1961 et 1973 [13]. Voici ce qu’on peut lire : « Une étude allemande montre que les élèves qui ont redoublé ont 50 % de chances en plus d’obtenir un diplôme de fin d’études que leurs camarades de classe qui poursuivent leur scolarité sans à-coup. Toutefois, les chercheurs n’ont trouvé aucune explication à cette réussite améliorée. » Dans le sens favorable au redoublement, on ne trouve aucune explication. En revanche, celles-ci ne manquent pas pour prouver sa nocivité.

Depuis quelques années est venu s’ajouter l’argument social. Hervé Hamon écrit beaucoup sur l’école et les professeurs, tout en ayant bien pris soin de fuir très vite ce métier. Pour lui, le redoublement pénalise les enfants issus des milieux les plus modestes car ils n’ont pas les moyens de se mettre à niveau [14]. Curieuse logique, on aurait plutôt pensé l’inverse. Les tenants de cet argument social sont de fins observateurs : ils ont remarqué que le redoublement touche surtout les élèves issus des catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées. De là à penser, avec l’inversion de concepts maintenant habituelle, que les méchants enseignants font redoubler les pauvres parce qu’ils sont pauvres, il n’y a qu’un pas, vite franchi.

À cet argument, se joint aussi la critique des notes. C’est André Antibi qui a lancé le mouvement [15]. Puisque les notes sont attribuées de manière subjective (1er postulat), l’évaluation des élèves n’est pas bonne (2e postulat). Et comme le redoublement se fonde sur cette évaluation, tout l’édifice se retrouve être contre-performant et antipédagogique.

Reste à aller voir dans les autres pays. À faire le voyage, autant aller dans ceux qui ne pratiquent pas le redoublement [16]. « Beaucoup de pays se passent du redoublement » [17]. Lesquels ? Ceux du nord de l’Europe : l’Irlande, le Royaume-Uni, le Danemark, l’Islande, la Norvège, et bien sûr la Finlande [18].

En France, la suppression du redoublement signifie concrètement que les instituteurs d’abord, les professeurs ensuite, voient arriver dans leurs classes des élèves de plus en plus en échec, incapables de saisir un traître mot de l’enseignement dispensé, qui s’ennuient ferme et qui passent le temps en discutant, en se levant, en s’interpellant, en s’injuriant, en se bagarrant ou en battant le professeur… Le tout en classe.

Est-ce ainsi que font les pays cités en exemple ? Pas vraiment. Prenons la Finlande, qui est devenue le nouvel ElDorado pédagogique. D’abord il y a encore 0,5 % des élèves qui ne passent pas automatiquement en classe supérieure, d’après les statistiques du ministère de l’Éducation. Ensuite les Finlandais essaient de déceler le plus tôt possible les difficultés rencontrées par les élèves. « Dès qu’un enseignant remarque un problème chez un enfant, celui-ci se voit proposer des cours supplémentaires ou des activités particulières pour y remédier » [19]. Environ 6 % d’élèves par classe ont des besoins spéciaux (et cela va en augmentant). Dès lors on comprend mieux pourquoi l’École finlandaise est performante tout en se passant des redoublements. La proportion d’élèves en difficulté par classe paraît non négligeable, mais des moyens particuliers sont mis en place pour leur venir en aide. La France est-elle prête à faire ce sacrifice financier supplémentaire ? Sachant le gouffre budgétaire que représente déjà l’Éducation nationale dans notre pays [20], on peut légitimement en douter…

Pourquoi alors vouloir supprimer les redoublements puisqu’on ne met en place aucun dispositif pédagogique complémentaire ?

Seuls les mauvais esprits trouvent très vite la réponse à cette question. Parmi les officines qui œuvrent  inlassablement contre le redoublement, il y a l’Iredu. Curieux acronyme pour “Institut de recherche sur l’économie de l’éducation”. Avez-vous remarqué le mot “économie” ? Jean-Jacques Paul, de l’Iredu, déclare que le redoublement « est une solution injuste, inefficace sur le plan pédagogique et coûteuse » [21]. Avez-vous remarqué l’adjectif “coûteux” ?

« Comme un élève qui redouble coûte cher à la nation [environ 6 100 €], il a été décidé de le tirer au forceps jusqu’à sa sortie du lycée, indépendamment de son rythme et de ses capacités » [22]. En fait, renoncer au redoublement permet une meilleure gestion du flux d’élèves [23]. Le discours pédagogique, placé comme un faux nez, permet de masquer une réalité bassement économique que les parents d’élèves ne sauraient admettre. Les redoublements coûtent cher, voilà tout. « Ça commence à l’IUFM, où l’on répète aux stagiaires qu’un redoublement coûte 46 000 francs » [24]. En France, le redoublement engloutirait plus de 2,3 milliards d’euros par an, et pour la seule scolarité obligatoire [25].

La Banque mondiale constate qu’il y a 29 % de redoublants à l’école primaire en Amérique latine et que le sous-continent dépense 2,5 milliards de dollars pour l’enseignement de ces 20 millions de redoublants. Une honte qui grève les budgets d’éducation de ces pays aux moyens les plus limités. Le Nicaragua et le Brésil, par exemple, qui comptent un redoublant sur cinq élèves, feraient mieux d’adopter le système de l’éjection automatique des élèves dans le niveau supérieur. Cela ferait des économies… Et peu importe si, demain ou après-demain, des générations d’ignares seront incapables de prendre la succession, enfonçant encore plus cette zone géographique dans la pauvreté et l’instabilité.

Car « on ne se demande pas ce que coûteront à la collectivité tous ces “mal appris” qui se retrouveront au collège et sortiront du système sans qualification » [26].

 

La réalité des écoles

Tout d’abord, un bilan statistique [27] :

Un élève sur cinq en retard au CM2

Les élèves en retard au CP et au CM2 depuis 1960, en %

Cours préparatoire (CP)

Cours moyen 2e année (CM2)

1960-1961

22,1

52

1970-1971

20,7

45,4

1980-1981

15,7

37,3

1990-1991

9,9

25,4

1995-1996

7,4

22,6

1999-2000

7,1

19,5

Source : DEP, Enquête sur les effectifs d’élèves du premier degré.

Il arrive – rarement – que des sondages posent la question du redoublement. Ainsi, en janvier 2004 [28]:

Êtes-vous favorable ou opposé à :
Favorable Opposé
Le rétablissement de la décision souveraine des enseignants en matière de redoublement

65

31

Sympathisants de gauche

65

31

Sympathisants de droite

69

29

 

Que dit la loi ?

Depuis la loi d’orientation Jospin de 1989, le redoublement n’est pas interdit mais il est marginalisé. Un seul redoublement est permis durant le cursus primaire, et seulement à la fin d’un cycle. Avec la loi Fillon (2005), les redoublements peuvent à nouveau intervenir à chaque classe, ce qui fait hurler le camp des constructivistes qui parlent d’une « régression » [29].

Quoi qu’il en soit, les parents conservent le droit de faire appel d’un redoublement qu’ils jugent inopportun, même s’il est recommandé par le Conseil des maîtres de l’école, c’est-à-dire par des professionnels de l’enseignement.

La colonisation de l’école par les parents-consommateurs est maintenant patente. Au point que Laurence Delpierre, journaliste spécialisée dans les questions d’éducation, se permette de dire : « C’est une erreur de penser que le redoublement peut être une solution, alors que toutes les études montrent que ce n’est pas le cas. On relègue l’avis des parents au second plan au profit de celui des enseignants » [30]. Dans une école, l’avis des parents devrait désormais primer !

Avis très objectif, on s’en doute : « Souvent, ils [les parents] voient le redoublement comme une sanction et le prennent trop pour eux-mêmes » [31]. Parfois à raison, lorsqu’ils n’ont pas pris la peine d’accompagner le travail scolaire de leur enfant tout au long de l’année. Il arrive même assez souvent que, pour éviter un redoublement, des parents prétendent faire rattraper en un été tout le travail qui n’a pas été fait à l’école pendant l’année. Ce n’est pas sérieux…

« Le très moderne pédagogue qui a imaginé de laisser entrer les parents à l’école, et plus pervers encore, de leur permettre de s’opposer à un redoublement (alors que tout un tas de garde-fous existaient déjà pour éviter les décisions non justifiées), savait sûrement ce qu’il faisait. Pas de meilleure idée en effet pour abaisser le niveau général, diminuer les exigences, décourager et braquer les enseignants, multiplier les occasions d’incidents, et in fine, interdire tout dialogue entre les deux parties sur l’essentiel. » [32]

Cette mesure, qui aboutit à d’interminables procédures d’appel et de recours devant l’inspection académique, a le soutien des fédérations des parents d’élèves. Au point qu’actuellement, il vaut mieux ne pas faire redoubler un élève si on n’obtient pas au préalable l’accord des parents.

Le ministre François Fillon en était venu à se poser ouvertement la question : « La loi de 1989 a conduit à enlever aux enseignants leur pouvoir en matière de redoublements. N’est-on pas allé trop loin ? » [33]. Ajoutant aussi : « J’ai le sentiment que les enseignants souffrent de ne pas être suffisamment entendus sur cette question [du redoublement], de subir des pressions, de voir parfois leurs décisions, donc leur autorité, remises en question » [34]. Bien vu…

Heureusement, il reste encore de nombreux parents qui font confiance aux enseignants de leurs enfants. « Moi je suis d’accord avec ce qu’il y a de mieux pour mon enfant. Je fais confiance à la maîtresse. Je sais bien que normalement on ne doit pas redoubler le CP. Alors si elle dit qu’il doit quand même redoubler, c’est vraiment que c’est mieux pour lui » [35]. Thierry Troncin, le thésard de l’Iredu, a observé – pour le déplorer vivement – que plus de 80 % des parents qu’il avait interrogés étaient favorables au redoublement [36].

Comment définir un élève en échec ? Par le niveau de connaissances qu’il n’est pas parvenu à atteindre, niveau indispensable pour profiter de la classe supérieure.

Qu’arrive-t-il aux élèves qu’on ne fait pas redoubler lorsqu’il en est encore temps. Alain Bentolila nous le dit très clairement dans le passage qui suit [37]: « Tout au long d’une vie scolaire pratiquement préser­vée de redoublements, ces élèves ont été accueillis de classe en classe par cette phrase terrible : “Mais qu’est-ce que tu fais là ?” ; “Que fais-tu au cours prépara­toire, toi qui balbuties à peine ta propre langue ?”» ; “Que fais-tu au cours moyen, toi qui sais à peine déchiffrer ?” : “Que viens-tu faire au collège, toi qui ne comprends pas un texte littéraire, un énoncé de mathématiques ou un résumé d’histoire ?”. À force de se sen­tir importuns, ils ont fini par re­vendiquer ensemble les attri­buts de l’échec plutôt que de les subir. Est venu, comme le dit joliment Daniel Pennac, le temps de la “tribalisation de l’échec” : “Ne pas savoir”, “refuser d’apprendre”, de­viennent alors signes d’appar­tenance à une tribu ou à un clan. Accepter les propositions de l’école devient un acte de trahison. Ce serait passer à l’ennemi ; un ennemi qui est d’ailleurs rarement prêt à ac­cueillir l’éventuel “transfuge” à bras ouverts. »

Nous arrivons ici à un autre dogme constructiviste, celui de la classe hétérogène qui serait parée de tous les avantages, alors qu’elle devient parfois un enfer dans la réalité du terrain. Les écarts entre les élèves sont extrêmement délicats à gérer. La cohabitation n’est à l’avantage ni des uns ni des autres : les bons élèves sont condamnés à progresser moins vite, et les mauvais à ne jamais pouvoir rattraper leur retard. Les enseignants vivent très mal de telles situations car ils sont obligés d’accueillir les élèves en perdition, sans avoir les moyens de les aider.

La position des syndicats d’enseignants est intéressante à observer. Le SNUipp, syndicat majoritaire du primaire, est contre le redoublement, qualifiant les propositions pour le remettre en vigueur de « démagogiques et passéistes » [38]. Depuis sa création, ce syndicat a constamment repris à son compte l’intégralité des thèses constructivistes. Mais, pour les appliquer, il demande depuis des années – en vain – « de réelles possibilités pour le travail en groupe, un suivi plus individualisé, une formation initiale et continue ambitieuse, plus de maîtres que de classes… » [39]. Le SE-UNSA, qui cherche à “coller” au SNUIpp – en vain également –, dénonce « le caractère démagogique et rétrograde du grand retour au redoublement » [40]. On remarquera la proximité du vocabulaire utilisé.

Et les enseignants, qu’en pensent-ils ?

« La réhabilitation du redoublement ne fi­gurant pas au nombre des sujets abordés ces dernières années, aucun sondage récent ne donne précisément l’état de l’opinion en­seignante en ce domaine. Mais une étude publiée en 1995 par le CRDP de Cham­pagne-Ardenne, menée auprès d’un échantillon représentatif d’enseignants de collège, montrait un “attachement profond à l’utilisation du redoublement comme mesure de fonctionnement à tous les niveaux du sys­tème éducatif”. Il est peu probable que ce sentiment ait régressé depuis. Sur les 57,2 % de professeurs qui se déclaraient favorables au redoublement, 11 % le jugeaient “indispensable” et 46,2 % y voyaient “une mesure utile”. Et même parmi ceux qui le jugeaient “peu utile” (29,7 %), une grande partie le préconisait occasionnellement. Cette en­quête donnait aussi des indications sur le re­gard des enseignants de collège sur le pre­mier degré : 42 % de ceux qui récusaient l’utilité du redoublement au collège y étaient néanmoins favorables en primaire. Ce cli­vage perdure, beaucoup d’enseignants du second degré ayant du mal à comprendre pour­quoi leur proviennent des écoles des élèves qui, à l’entrée en 6e, n’ont “pas le niveau”. » [41]

 

Quelle solution ?

Parmi les enseignants, il n’y a pas de partisans du redoublement “pur et dur”. Le Snalc-CSEN (Syndicat national des lycées et collèges), réputé être “de droite”, juge que cela « n’aurait pas de sens d’être pour le redoublement par principe » [42]. Un responsable de ce syndicat ajoutant : « Nous avons tous des exemples d’élèves sauvés par un redoublement, mais il faut convaincre l’enfant et les parents pour que ce ne soit pas mal vécu. C’est donc au cas par cas qu’il faut apprécier cette mesure » [43].

Laissons la parole à quelques enseignants, ayant l’expérience des classes, qui parlent avec beaucoup de justesse du redoublement :
- Éliane Thépot [44] : « Ce n’est pas une pa­nacée, c’est au cas par cas que l’on peut le pré­coniser. Il y a des redoublements qui peuvent être stériles, d’autres bénéfiques pour certains élèves, mais à condition qu’il y ait aussi un consensus favorable autour d’eux et notamment que leurs parents ne présentent pas cette perspective comme une brimade et une catastrophe. »
- Alain Hubaut [45] : « Mes trente années d’expérience en tant que professeur au collège et au lycée m’ont permis de voir des redoublements tout à fait bénéfiques et aussi un bon nombre de “redoublements gâchis” car très mal vécus par l’élève et surtout son entou­rage. Tout dépend de l’état d’esprit dans lequel un redoublement est abordé. »
- Michel Audoyer [46] : « Le redoublement sert aussi aux autres élèves, car il permet d’alléger la classe de ceux qui la retarderaient de manière excessive et parce qu’il entretient une pression favorable au travail de tous… »
- Bruno Mer [47] : « On se pose toujours la question de ce qui sera le plus efficace, du redoublement ou du pas­sage en classe supérieure. Le redoublement est toujours un pari. Ce qu’il faut, c’est que les élè­ves concernés ne cessent jamais de pédaler. Sinon, ils tombent. Il y a des redoublements qui fonctionnent, d’autres non. Autant que le niveau scolaire de l’élève, ce qui compte, c’est sa maturité, sa capacité à s’intégrer dans une classe avec des élèves plus jeunes que lui. Le redouble­ment est une mise en échec. Il est capital, si l’on décide de faire redoubler un élève, que celui-ci comprenne que c’est une chance. Pour cela, il faut qu’on lui parle, qu’on le lui explique, ainsi qu’à sa famille. D’une certaine manière, les élè­ves qu’on fait redoubler, ce sont ceux pour qui l’on estime qu’il y a encore une chance. Les autres, le système peut avoir tendance à les éva­cuer par le haut si l’on n’y prend pas garde. »
- Monique Baudequin [48] : « Les élèves qui sont en grande difficulté, qui ne maîtrisent pas bien les fondamentaux, et pour lesquels on ne sait pas en quoi le redouble­ment serait profitable, on les fait passer, tout en sachant qu’ils n’iront pas mieux ainsi. On se dit que la moins mauvaise solution, c’est qu’ils s’orientent dès que possible vers des études cour­tes. Il faudrait sans doute les faire redoubler dans de petites structures. Mais on n’a pas les moyens d’une telle politique. Lorsque l’élève n’a pas de difficultés démesurément grandes, mais qu’il ne s’est pas véritablement mis au travail, le redoublement a des chances de lui être profita­ble. Quoi qu’il en soit, un redoublement est tou­jours un pari. Dont le succès dépend de nom­breux facteurs : la psychologie de l’élève, son âge, son milieu social. Tout dépend aussi de la façon dont il vit et accepte son redoublement. Cette année, j’ai deux redoublants dans deux classes de quatrième. Une jeune fille qui a complètement changé, qui a repris confiance en elle, qui est déléguée de classe… Et un garçon, qui n’avait pas plus de difficultés qu’elle, mais qui est découragé. Manifestement, le redoublement n’était pas la solution qui lui convenait. Peut-être veut-il faire payer à sa mère le fait de l’avoir laissé redoubler. »
- Michel Delaly [49] : « J’ai redoublé la classe de qua­trième, et cela m’a été profitable. Puis, dans ma carrière de profes­seur, j’ai vu redoubler des cen­taines d’élèves, très généralement avec profit. Si vous faites cons­truire une maison et que l’on constate que les fondations sont défectueuses, diriez-vous à l’en­trepreneur : cela ne fait rien, on n’y touche pas et l’on va construire le reste par dessus ? J’ajoute que les enseignants sont, et de loin, les plus compétents pour savoir si un élève peut suivre avec profit ou non dans la classe supérieure. »

Le ministre François Fillon mérite lui aussi d’être cité pour la justesse des propos qu’il a tenus [50] : « Je pense que les chiffres ne disent pas tout : la question du redoublement ne se réduit pas à la lecture de statistiques. Ma conviction, c’est que, dans la relation entre le maître et l’élève, le pouvoir institutionnel du premier sur ce qui est décidé en fin d’année scolaire doit être déterminant. Il s’agit de reconnaître à l’enseignant son rôle d’expert à l’égard de l’élève. Ce n’est pas un pouvoir de sanction, c’est l’exercice de discernement du profes­sionnel sur la conciliation entre le souhai­table et le possible pour chaque élève en fin d’année. Il ne faut pas sous-estimer le dia­logue, tout au long de l’année, entre les pa­rents, les enseignants et le conseiller d’orien­tation ! Les professeurs savent adapter leur appréciation : l’encouragement à passer dans la classe supérieure sera opportun dans cer­tains cas, même s’il n’est pas mérité a priori. Dans d’autres cas, le professeur doit assumer le rôle de quelqu’un qui bouscule la paresse, qui rappelle aux exigences du travail. Un redoublement n’est pas une condamnation, c’est d’abord un moyen de réussir son par­cours scolaire. »

Avant de parler de redoublement, il faudrait d’abord définir, à chaque étape, les compétences exigées pour passer dans le niveau supérieur. Ces paliers devraient être définis au niveau national pour éviter toute disparité d’une classe à l’autre, d’une école à l’autre, d’une commune à l’autre, d’une région à l’autre.

Ces compétences seraient contrôlées par une évaluation nationale menée dans toutes les classes en fin d’année scolaire. Les enseignants auraient ainsi un élément déterminant pour décider du passage ou du redoublement. Dans ce dernier cas, ils pourraient exposer aux parents les faiblesses de leur enfant avec une évaluation officielle, tangible et incontestable.

Il faut également tenir compte de certains paramètres :
- il y a un âge pour apprendre certaines chose : « On le sait aujourd’hui, un enfant qui n’a pas acquis les mécanismes de la lecture et de l’écriture dans les premières années de l’école primaire ne les acquerra pas par la suite. Tout simplement, explique Liliane Lurçat, parce que ces apprentis­sages nécessitent une part de répétition qui n’est plus acceptée par l’adolescent » [51] ;
- des événements douloureux ou un climat familial tendu peuvent être à l’origine de l’échec scolaire (« L’élève n’est pas qu’un élève. Il peut éprouver des difficul­tés personnelles dont l’école ne tient pas compte. » [52]).

Dans la mesure du possible, l’élève qui redouble doit éviter de refaire son année avec le même maître. Il est en effet illusoire de demander à ce dernier de changer toutes les années de méthode d’enseignement, à la fois sur le plan pédagogique et sur le plan relationnel. C’est pourquoi les RASED (réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté) devraient intervenir de manière plus soutenue. Mais il faudrait au préalable les renforcer et régler le problème des moyens qui leur sont alloués. Tous les “contrats de réussite” devraient, pour mériter ce titre ronflant, intégrer des moments où les élèves en difficulté sont pris en soutien individuellement ou en groupes restreints. Pendant le temps scolaire ou hors temps scolaire.

 

-o-

 

En trente ans, les dispositifs de lutte contre l’échec scolaire « ont souvent changé de nom plus que de contenu, ont été juxtaposés sans être pensés en référence à une conception globale de la scolarité obligatoire et à une définition claire de ses objectifs » [53]. La solution miracle qui est proposée est de bannir le redoublement. Nous avons vu à quel point cela est fallacieux pour de nombreuses raisons.

Et si on prenait réellement en compte les intérêts des élèves en favorisant l’exercice du métier d’enseignant ? Les solutions sont pourtant simples et évidentes : apporter un soutien réel aux élèves en difficulté par les maîtres spécialisés des RASED et rendre les classes plus homogènes en pratiquant les redoublements lorsqu’ils s’avèrent nécessaires.

Le redoublement contribuerait alors à diminuer l’échec scolaire…

 


[1] . Le mot est de Roger Felts (Le Monde, 04/05.07.2004).

[2] . Claude Poncet (Le Monde, 04/05.07.2004).

[3] . Roger Felts, op. cit.

[4] . “Les apprentissages instrumentaux et le passage en cours préparatoire au cours élémentaire”, revue Éducation & Formation, MEN-Direction de l’évaluation et de la prospective, n° 2, 1983, pp. 3-24.

Claude Seibel était alors directeur des statistiques de l’Éducation nationale.

[5] . “Le fonctionnement des collèges et ses effets sur les élèves de 6e et 5e”, Les Dossiers d’Éducation et formations, n° 32, MEN-Direction de l’évaluation et de la prospective, 1993.

[6] . Paris, ESF, collection Pratiques et enjeux pédagogiques, 1996.

[7] . Étude conduite sur 274 classes de la Côte-d’Or, concernant près de 4 000 élèves testés à quatre reprises. Deux constats : les élèves redoublants leur CP ont progressé à la fin de leur second CP dans les tâches d’automatisation (pas dans celles de compréhension) ; les performances des élèves faibles passés au CE1 sont meilleures que celles de ceux maintenus au CP.

[8] . « Contrairement à une idée qui reste largement répandue, le redoublement ne constitue pas une seconde chance pour les élèves rencontrant des difficultés. Il est inéquitable socialement et freine l’efficacité d’ensemble du système éducatif. Il devrait n’être utilisé qu’en dernier recours, tout particulièrement à l’issue des premières années de l’école primaire. » (cité dans Le Monde de l’éducation, 04.2005).

[9] . Marianne, 21/27.10.2002.

[10] . Cité dans Le Figaro, 16.06.2004.

[11] . Pour un programme stratégique de recherche en éducation, Antoine Prost, historien, juillet 2001 (cité dans Fenêtres sur cours, 16.09.2003).

[12] . Cité dans Le Figaro, 16.06.2004.

[13] . La Classe, 12.2004.

[14] . Le Figaro, 19.11.2004.

[15] . La Constante macabre, éd. Mat’Adore.

[16] . L’Éducation nationale a désigné deux missions d’études dans ces pays : l’une par trois membres du Haut Conseil de l’évaluation de l’école (dont son président), l’autre par des inspecteurs généraux (Le Figaro, 16.06.2004).

[17] . Jean-Jacques Paul (Le Figaro, 24.09.2003).

[18] . Les pays qui n’ont rien compris et qui pratiquent le redoublement en Europe sont la France bien entendu, mais aussi l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg, l’Autriche, l’Italie, l’Espagne, la Suisse, le Portugal et la Grèce, en Europe.

[19] . Jari Rasjanen, conseiller au ministère de l’Éducation (cité par Le Monde, 11.12.2004).

[20] . En 2003, la France a consacré 111,3 milliards d’euros à son système éducatif, soit 7,1 % du produit intérieur brut (Note sur le coût de l’éducation en 2003, DEP, ministère de l’Éducation nationale, février 2005, citée dans Le Figaro, 17.03.2005).

[21] . Cité dans Le Monde de l’éducation, 10.2003.

[22] . Sauver les lettres : des professeurs accusent (cité dans Marianne, 21/27.10.2002).

[23] . En 2003, une scolarité menant de la maternelle à un bac général ou technologique est estimée à 93 270 €, bien sûr sans redoublement (Note sur le coût de l’éducation en 2003, DEP, ministère de l’Éducation nationale, février 2005, citée dans Le Figaro, 17.03.2005).

[24] . Kathleen Barbereau (citée dans Le Monde de l’éducation, 10.2003).

[25] . Le Monde de l’éducation, 01.2005.

[26] . Mireille Grandval (citée dans Le Monde, 04/05.07.2004).

[27] . Le Monde, 11.12.2004.

[28] . Le Figaro Magazine, 17.01.2004.

[29] . Jacques George (Cahiers pédagogiques, L’actualité éducative du n° 433, 05.2005).

[30] . Laurence Delpierre, journaliste à Top Famille Magazine, est l’auteur de Parents d’élèves au bord de la crise de nerfs (citée dans Le Figaro, 19.11.2004).

[31] . Nathalie Isoré, psychologue responsable de l’accueil des familles à l’École des parents d’Île-de-France (citée par Le Monde de l’éducation, 04.2005).

[32] . Véronique Grousset (Le Figaro Magazine, 31.08.2002).

[33] . Le Figaro, 27.05.2004.

[34] . Le Figaro, 16.06.2004.

[35] . Propos d’un père de famille (Le Monde, 11.12.2004).

[36] . Le Monde de l’éducation, 01.2005.

[37] . Le Figaro, 30.09.2003.

[38] . Le Monde, 11.12.2004.

[39] . Fenêtres sur cours, 16.09.2003.

[40] . Le Monde de l’éducation, 10.2003.

[41] . Ibidem.

[42] . Ibidem.

[43] . Ibidem.

[44] . Ibidem.

[45] . Le Monde, 04/05.07.2004.

[46] . Ibidem.

[47] . Le Monde, 11.12.2004.

[48] . Ibidem.

[49] . Le Figaro Magazine, 04.12.2004.

[50] . Le Monde de l’éducation, 09.2004.

[51] . Marianne, 21/27.10.2002.

[52] . Nathalie Isoré, op. cit.

[53] . “Le traitement de la grande difficulté scolaire au collège et à la fin de la scolarité obligatoire”, avis du Haut Conseil de l’évaluation (cité dans Le Figaro, 10.02.2005).

 

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Comment diminuer le taux de redoublement ?

Par Jean-Louis Auduc

Au moment où démarre le troisième trimestre décisif pour les décisions d’orientation, il est intéressant de lire le rapport Eurydice 2011 « Le redoublement dans l’enseignement obligatoire en Europe: réglementations et statistiques » pour étudier et comprendre ce qui se fait ailleurs. Ce rapport qui étudie le redoublement dans les 27 pays de l’Union Européenne casse bien des représentations et des idées reçues.

Il indique tout d’abord que dans tous les pays de l’Union européenne «  selon la législation en vigueur, il est possible pour un élève de redoubler une classe…. Le redoublement est donc proposé comme la dernière réponse aux difficultés d’apprentissage. Il est considéré qu’en répétant une année scolaire, l’élève a l’opportunité d’améliorer son apprentissage et ses compétences. » (page 21)

Il indique également qu’il est difficile, notamment en primaire de comparer les différents pays, puisque certains utilisent de manière significative le redoublement, alors que d’autres affichent des taux de redoublement faibles, mais « retardent » l’entrée des élèves dans la première classe de l’enseignement obligatoire. « Les enfants qui sont jugés comme n’étant pas suffisamment prêts pour l’école primaire sont maintenus au préprimaire une année supplémentaire, le temps nécessaire pour eux de se préparer à ce nouvel univers qu’est l’éducation primaire et ses exigence….Dans 9 pays ( Tchéquie, Danemark, Allemagne, Estonie, Lettonie, Hongrie, Autriche, Roumanie et Slovaquie) …il est fréquent de retarder l’admission des enfants à l’entrée en primaire. Une fois entamé leur cursus, les élèves en grande majorité ne redoublent pas… ». ( p. 11, p. 37 ) ce qui, indique le rapport, fait que à la cinquième année du primaire la répartition des âges est assez homogène pour les différents pays de l’UE.

Entre 10 et 16 ans, les conseils de classes se prononcent en fin d’année scolaire partout sur les mêmes critères. « Dans la totalité des pays, le progrès scolaire de l’élève est exprimé par des notes et à la fin de l’année scolaire, sa progression à l’année suivante ou son maintien sont décidés sur la base des notes qui lui ont été attribuées… » (pages 43, 44). Pour tous les pays de l’UE, à peu près le même pourcentage d’élèves est appelé à redoubler en fin d’année scolaire. Les chiffres sont similaires en  « Belgique, Danemark, France, Malte, Finlande et Suède.. », mais les procédures de mises en œuvre des propositions sont très différentes.

« Dans presque tous les pays (sauf en France, à Malte et au Portugal), les élèves n’ayant pas réussi l’année scolaire ont la possibilité de passer des examens de rattrapage ou de recevoir des devoirs supplémentaires afin d’améliorer leur(s) note (s) et ainsi d’éviter le redoublement.  ….Il s’agit de faire bénéficier l’élève d’une seconde chance d’être évalué et donc d’être admis dans la classe. Les pays qui pratiquent ses dispositifs proposent des devoirs supplémentaires dans les matières où ils ont échoué ou des examens/tests en fin d’année ou juste avant la rentrée des classes ( page 45)  ».

Il y a donc dans la grande majorité des pays de l’UE, une session de juin qui propose et une session de conseil de classe fin août qui décide. Par exemple «…..En Finlande, selon les réglementations , les élèves doivent avoir la possibilité de prouver qu’ils ont atteint un niveau acceptable via différentes méthodes adoptées à leurs capacités ( examens écrits, discussions avec l’enseignant, etc. ) » ( page 27). Ces sessions de fin août, début septembre rattrapent environ 75 à 80% des élèves proposés au redoublement en juin.

Comme l’indique le rapport Eurydice, c’est cette différence de procédures qui explique le taux élevé de redoublement en France et non le fait qu’ailleurs le redoublement serait prohibé. A l’inverse de la France, dans les autres pays de l’UE (sauf deux)  «  les élèves en difficulté peuvent avoir l’occasion d’obtenir une promotion conditionnelle dans la classe supérieure…..Ils doivent s’inscrire pendant les congés scolaires à un programme de rattrapage et de révision établi par l’équipe enseignante et passer avant la rentrée l’évaluation correspondante. Celle-ci est prise en compte pour autoriser l’élève à poursuivre des études » ( page 46).

La France aurait intérêt à s’inspirer de ce rapport non pas pour supprimer le redoublement ( ce qu’aucun pays de l’UE n’a fait) , mais pour modifier les procédures en mettant en place comme cela existait auparavant pour le baccalauréat une session de juin et une session de septembre de rattrapage avec des dispositifs de rattrapage financés par l’Etat.

Jean-Louis Auduc

Redoublements : A quoi ça sert demande l’OCDE ?

Par François Jarraud

Le redoublement est coûteux et inutile : c’est ce qu’affirme une étude basée sur les résultats de PISA 2009 et publiée par l’OCDE.

 

Mais comment font-ils ces pays qui ignorent le redoublement , comme la Japon ou la Norvège, ou qui le connaissent à peine comme la Finlande ou la Russie ? On peut d’autant plus se le demander qu’avec 38% de jeunes ayant au moins redoublé une fois, la France fait partie des 5 pays de l’OCDE où cette pratique est la plus forte.

 

« Les pays où le taux de redoublement est élevé affichent généralement une performance globale inférieure et une relation plus marquée entre le milieu social et les résultats d’apprentissage que les pays où ce taux est plus faible », note l’OCDE. « Les résultats du cycle PISA 2009 montrent que les pays affichant un taux de redoublement élevé sont également ceux où les élèves sont les moins performants. Environ 15 % de la variation de la performance entre les pays de l’OCDE sont imputables aux écarts de taux de redoublement ; la relation entre le milieu socioéconomique des élèves et leur performance est également plus marquée dans les pays affichant de forts taux de redoublement, indépendamment du niveau de richesse nationale ».

 

A vrai dire, bien des études françaises ont déjà démontré l’inutilité du redoublement. Mais, évidemment, sa suppression seule ne répond pas non plus aux difficultés des élèves.

Etude OCDE

http://www.oecd.org/dataoecd/34/42/48391795.pdf

A qui profite le redoublement ?

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/leleve/Pages/2008/94[...]

 

 

Par fjarraud , le vendredi 23 septembre 2011.

 

A qui profite le redoublement ?

Par François Jarraud

Championne du monde du redoublement avec 38% d’élèves ayant au moins redoublé une fois, la France sera-t-elle capable un jour de s’occuper efficacement des élèves en difficulté ?

 

Alors que les conseils de classe rendent leur verdict, la question du redoublement est revenue sur le devant de la scène le 29 mai. Selon RTL, l’éducation nationale demanderait aux chefs d’établissement de diminuer le  taux de redoublement de façon à récupérer des moyens. La radio cite des exemples précis où des taux sont assignés à des établissements niveau par niveau. Des exemples guère surprenants : depuis des années les académies et les établissements ont inscrit dans leurs objectifs officiels la réduction du taux de redoublement et il est assez logique que l’inspection académique suive de près les évolutions. Cette politique marque des points puisque le taux a effectivement beaucoup baissé.

 

D’autant plus remarquable est la réaction de Xavier Darcos. Il a aussitôt démenti ces propos affirmant que « aucune consigne n’a été donnée aux chefs d’établissement concernant le redoublement ». Ce faisant il a formidablement renforcé cet étonnant tabou de notre système éducatif.

 

Car la question de l’inefficacité du redoublement ne se pose plus. De nombreuses études l’attestent. Ainsi T. Troncin établit que  » à niveau initial égal, les élèves faibles qui passent en CE1 progressent mieux que les élèves faibles qui sont maintenus au CP. Les redoublants de CP vont progresser la deuxième année, certes, mais restent fragiles dans les domaines où ils étaient fragiles, et ne rattrapent pas la moyenne de la classe ». Pour D. Meuret, « en règle générale, à l’école et au collège, le redoublement s’avère peu équitable et inefficace du point de vue des progrès individuels des élèves. Il affecte négativement la motivation, le sentiment de performance et les comportements d’apprentissage de ceux-ci et les stigmatise : à niveau égal en fin de troisième, les élèves « en retard » obtiennent de moins bonnes notes que les élèves « à l’heure », sont moins ambitieux que ceux-ci et sont plus souvent orientés en filière professionnelle. En outre, les comparaisons internationales montrent que le redoublement est inefficace du point de vue des résultats d’ensemble des systèmes éducatifs ».Pour lui le redoublement ne peut se justifier qu’en classe d’examen ou dans le cas d’élève momentanément perturbé. En tous cas, les pays qui n’utilisent pas le redoublement ont souvent de meilleurs résultats scolaires.

 

Malgré tout le redoublement perdure.  Il est très coûteux. Et pourtant ceux –là même qui proclament la chasse aux économies, ne font rien pour en réduire le poids. Alors même que son efficacité est contestée, il semble ne pas en être affecté. Comment expliquer ce paradoxe ? Hugues Drealants (Girsef) a avancé plusieurs hypothèses. Pour lui le redoublement serait défendu par les enseignants car il permettrait de « réguler l’ordre dans la classe ».  Il serait un des derniers pouvoirs d’une profession qui revendique une certaine autonomie par rapport au monde extérieur. Il permettrait également d’exercer un tri social, parfois très tôt.

 

Il y a pourtant urgence à le remplacer. Son inefficacité se lit dans les résultats des enquêtes internationales PISA. Elles montrent que le score médiocre de la France est du au faible niveau des redoublants. Entre ces 15% d’élèves très faibles et les autres, plutôt bons, le fossé ne cesse de se creuser. La faiblesse du système éducatif français c’est qu’il n’arrive pas à proposer une autre solution à ses élèves.

 

Quels obstacles empêchent d’en finir avec le redoublement ? Visiblement la réactivité ministérielle montre que le problème est d’abord politique. Alors qu’il est abandonné avec profit dans les pays développés, le redoublement est défendu par les milieux réactionnaires qui y voient un outil efficace de sélection sociale ou plutôt de reproduction sociale. Très influents dans l’UMP ils viennent d’obtenir de Darcos des programmes du primaire qui méprisent les cycles et le maintiennent. Mais la question est aussi pédagogique. Si le redoublement ne règle généralement pas les difficultés des élèves, le supprimer ne les fait pas pour autant disparaître. Il faudrait donc être capable d’accompagner individuellement les élèves, comme on le fait en Finlande par exemple, dès qu’un problème est détecté. Et là on retrouve l’incapacité des gouvernements à mettre en place une réelle politique prioritaire qui pourtant pourrait trouver dans la suppression du redoublement les moyens financiers qui lui manquent.

 

Bienheureux redoublement ! Tu es celui qui arrête le char du progrès éducatif. Tu es celui qui maintient les inégalités sociales qui fondent la société.  Tu sépares les « de souche » des autres. Tu es la colonne qui soutient le système élitiste. Tu fais finalement les ministres. Bref, tu es néfaste aux petits  mais ô combien utile.

Le démenti

http://www.education.gouv.fr/cid21370/dementi-sur-le-red[...]

Sur RTL

http://www.rtl.fr/fiche/125506/limitation-des-redoub[...]

Le redoublement contesté par l’OCDE

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2006[...]

Sur le Café, le redoublement utile ?

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/05042007Redou[...]
Par fjarraud , le dimanche 15 juin 2008.

 

 

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