Pour initier la réflexion et le débat…

fichier doc Rythmes scolaires une question de tempo

fichier doc Le temps de l’enfant

fichier doc Commentaires sur Café pédagogique

Le Sage, loin de prétendre donner des leçons ou d’imposer ses ordres,

loin de vouloir frapper l’attention des autres par des miracles ou des exploits,

se contente de « transformer » les moeurs, autour de lui, de proche en proche,

en silence : le seul exemple de sa conduite se répand de lui-même

et influe de son seul fait, par incidence, au fil des jours, en imprégnant

et modifiant insensiblement les comportements – et suffit à éduquer.

Comme il se diffuse sans intention projetée mais par contamination

et fait tache d’huile, sa portée s’étend inépuisablement – par auto-déploiement

et sans rencontrer de résistance – de sa famille à tout le pays, et jusqu’au bout

du monde.

Au lieu d’avoir la prétention d’ « agir », mais aussi de devoir risquer,

d’avoir à affronter, de s’user, transformez donc comme [le fait] la nature.

Comme c’est « tout » qui, peu à peu, sous cet effet d’ambiance, s’en trouve modifié,

nous n’en discernons rien et par suite nous n’aurons rien à en décrire, à raconter.

On ne vous célèbrera pas.

Extrait de François Jullien, Les Transformations silencieuses,

Le Livre de Poche, p. 16.

La parenthèse anti burn-out

Il est des mots qui envahissent nos vocabulaires sans coup férir, des maux auxquels on s’habitue tel un tribut aux temps modernes, un prix à payer pour rester sur le parquet de la vie courante. « Burn out », méchant mot que l’on ne peut confondre avec burnous même en le prononçant à la hâte, s’est démocratisé. Vous, moi, votre voisine, la boulangère, le conducteur de train et le patron de la PME d’à côté, tous nous pouvons tomber dans un état de surmenage qui nous précipite dans l’épuisement, les pieds ne sachant plus mettre un pas devant l’autre, l’esprit noyé sous les flots incessants d’idées qui se télescopent.

Le syndrome n’épargne pas l’école, pourquoi le ferait il d’ailleurs ? La scolarité est investie de tant de missions contradictoires, de tant d’espoirs démesurés que les humains qui la font vivre ne peuvent se contenter de faire le dos rond.  L’exigence de performance conjuguée avec les attentes sociales et parentales, augmentée du coefficient de crise fois la variation des programmes, l’opération donne une probabilité de craquer sous la pression qui ne fait que progresser. Le stress nait souvent du sentiment d’être incapable d’atteindre les objectifs assignés ou induits, réels ou interprétés.  Et puis, il ya les relations humaines, les regards qui pèsent, les réflexions qui minent, les manifestations d’un mécontentement auxquels on ne sait pas faire face.

On est enseignant et un parent fait une remarque désobligeante, exigeant des résultats là où on vise la progression. On est élève et les mauvaises notes s’accumulent assorties de jugements négatifs là où justement on a fait des efforts. On est personnel de direction et les échos des bruits de couloirs négatifs arrivent à nos oreilles quoique l’on fasse. On est parent et les portes de l’école ne s’ouvrent que pour nous donner l’impression que ce monde là nous est étranger. Qui que nous soyons, nous ne voulons même pas de l’amour non, seulement du respect pour ce que nous sommes, des êtres humains tout simplement.

Le regard bienveillant est une denrée rare et pourtant c’est ce dont nous avons besoin. Et de temps aussi, un peu de temps pour souffler, pour ne pas prendre en pleine face des paroles, des mots anodins qui se transforment en rivière de remous dans notre cerveau fatigué. Le rythme de nos journées dicte aussi les pas de nos ressentis. Les petites agressions glissent sur les esprits clairvoyants. Les manifestations d’acrimonie importent peu quand on peut se ressourcer quelques instants dans le temps suspendu, celui des rêves, de la poésie, de l’imaginaire. Alors, sans doute la loi d’orientation ne nous parlera pas de ces interstices individuels où le stress nait faute de s’être vu accorder le droit à la parenthèse, le droit à l’oubli momentané. Instaurons des temps de rire, des temps de relaxation, des temps d’ennui,  des temps de parole libre en mode collectif et individuel et des lieux qui les permettent dans nos enceintes scolaires. Le jour où sur nos emplois du temps, ces parenthèses seront inscrites, loin de la performance, loin de la pression, alors sans doute nous gommerons le « burn out » de notre vocabulaire.

Monique Royer                                                            Par fjarraud , le lundi 10 décembre 2012.

 

« Où va le train ? » Philippe Meirieu

Vice-président (EELV) de la Région Rhône-Alpes, délégué à la formation tout au long de la vie

À quelques petites semaines des décisions que vont devoir prendre les communes sur la mise en oeuvre de la semaine de quatre jours et demi, les tensions s’exaspèrent. Les professeurs d’école expriment leur inquiétude sur la « précipitation » de décisions auxquelles ils estiment ne pas avoir été assez associés.

Ils disent aussi leur malaise face à une société qui ne cesse d’avoir à leur égard de nouvelles exigences sans qu’ils bénéficient des contreparties financières et de la considération sociale auxquelles ils ont droit : pourquoi seraient-ils les seuls à devoir « payer » pour rééquilibrer le temps de l’enfant quand les parents ont souvent renoncé à résister à la pression des écrans et laissent le temps de sommeil quotidien de leurs enfants diminuer d’année en année ? Pourquoi seraient-ils contraints à modifier leurs horaires de travail dans « l’intérêt supérieur de l’enfant » quand, par ailleurs, la société tout entière sacrifie cet intérêt aux lois du marché publicitaire et leur confie au quotidien, sans le moindre scrupule, des enfants qui oscillent, de plus en plus, entre excitation et apathie ? Pourquoi seraient-il les seuls à porter le poids d’une réforme qui épargne les industries du tourisme, les autoroutes et les médias réunis ?…

De leur côté, les municipalités s’inquiètent : auront-elles les moyens de financer, de manière pérenne, les activités nécessaires au rééquilibrage de la semaine ? Comment feront celles qui ont déjà de sérieuses difficultés financières ? Comment mobiliser, en un temps si court, le tissu associatif, culturel et sportif de proximité, dans le cadre de projets éducatifs locaux articulés aux projets d’école et à l’action des enseignants ? Ne vont-elles pas être contraintes à jouer au « poussepousse » avec des quarts d’heures qu’on déplacera en fonction des opportunités au cours de la pause méridienne ou en fin d’après-midi ?

Il faut d’abord rappeler que, si nous en sommes là, c’est en raison des décisions brutales et totalement irresponsables de Xavier Darcos et Nicolas Sarkozy : alors que rien ne figurait, sur la question des rythmes scolaires, dans le programme du président élu en 2007, le ministre de l’Éducation nationale ouvre le dossier le 3 septembre de la même année dans un entretien au Parisien… dossier bouclé trois jours plus tard par le Président de la République qui se prononce pour « la suppression des classes le samedi matin, sans report sur les autres jours de la semaine ». L’annonce officielle est faite par le ministre le 27 septembre au 20 heures de TF1 : il n’y aura plus d’école le samedi matin, les municipalités pourront organiser, à la place, des activités culturelles ou sportives, le temps d’enseignement ainsi gagné sera utilisé pour l’aide aux élèves les plus en difficulté (ce qui, laisse-t-on entendre ici ou là, permettra de supprimer les RASED)…

 

La mesure est mise en place dès la rentrée 2008, malgré les réserves de l’Association des Maires de France et les mises en garde particulièrement clairvoyantes d’Antoine Prost, qui dénonce,  dans une tribune parue dans Le Monde le 29 mai, un « Munich pédagogique », « une entreprise de déconstruction » qui risque, selon lui, d’être irréversible. Il est suivi par quelques mouvements pédagogiques, mais son appel est fort peu relayé au plan politique (il faut dire que quelques municipalités de gauche – et pas des moindres ! – ont déjà supprimé les cours le samedi matin, voire adopté la semaine de quatre jours).

 

Nulle grève ou manifestation n’est organisée par les organisations professionnelles pour protester contre la machine infernale qui s’est mise en marche : diminution globale du temps scolaire, alourdissement de la journée pour les élèves en difficulté qui se voient imposer « l’aide individualisée » pendant la pause méridienne ou après les cours, dysfonctionnements graves en termes de chronobiologie pour tous les enfants, avec moins de journées de classe et des journées plus lourdes (juste l’inverse de ce que préconisaient les chercheurs depuis bien longtemps) et une coupure de deux jours en fin de semaine qui casse le rythme veille / sommeil d’enfants qui, se couchant tard le vendredi, le samedi et le dimanche, peinent à se lever le lundi matin et commencent la semaine fatigués…

 

Au regard de cette situation, on comprend la volonté du ministre actuel d’agir et d’agir vite. Sans aucun doute, la semaine de quatre jours et demi avec des cours le mercredi matin est un progrès. Sans aucun doute, l’injonction faite aux communes d’organiser des activités complémentaires dans le cadre d’une semaine repensée était nécessaire.

 

Mais pourquoi avoir écarté si vite l’hypothèse du retour du samedi matin ?

 

On connaît l’argument de la garde alternée et des familles recomposées qui souhaitent pouvoir accueillir les enfants deux jours d’affilée… Mais résiste-t-il bien à l’analyse si l’on avance que, justement, le samedi matin peut être une occasion pour ces familles, comme pour les autres, d’un moment de contact privilégié avec l’école et les enseignants ?

 

Pourquoi, aussi, avoir renoncé sans vrai débat à un rééquilibrage plus global de l’année scolaire, avec une diminution ou un zonage des vacances d’été et une alternance plus rigoureuse entre temps de travail et « petites vacances » ?

 

Pourquoi, enfin, avoir imposé une formule unique – les cours le mercredi matin – quand on aurait pu s’en remettre aux collectivités territoriales et aux écoles, à partir d’un cahier des charges national exigeant, afin qu’elles pensent ensemble l’aménagement du temps de l’enfant (et pas seulement du « temps scolaire ») dans le cadre de « projets éducatifs locaux » ?

D’autant plus que la crispation sur les « rythmes scolaires » à laquelle on assiste aujourd’hui est particulièrement contre-productive au regard de la « refondation de l’École » que le ministre appelle de ses voeux.

Elle écarte un fait pédagogique majeur : ce qui fatigue l’enfant, d’abord et avant tout, c’est l’échec.

Ce dont il a besoin plus que tout, c’est d’une pédagogie qui l’aide à focaliser son attention, qui lui propose des contenus de savoirs mobilisateurs, qui l’accompagne dans son travail pour qu’il en améliore sans cesse la qualité, qui valorise ses réussites et lui permette d’accéder, grâce à des médiations adaptées, aux grandes oeuvres de notre culture.

Au bout du compte, comme le soulignait malicieusement le philosophe et pédagogue américain Neil Postman, « on peut bien faire circuler les trains à l’heure, mais à quoi bon s’ils ne vont pas là où nous voulons ? »

Et c’est bien là, en effet, la question : pourquoi cette précipitation technique sur les rythmes alors que, par ailleurs, les programmes de 2008 restent en vigueur ? Il eût fallu revenir – au moins à titre conservatoire et avant la nouvelle élaboration qui s’impose – aux programmes de 2002, ambitieux, pédagogiquement cohérents, et accompagnés d’instructions qui permettent aux enseignants de se mobiliser collectivement pour faire de leurs classes et de leurs écoles de véritables « collectifs apprenants ». Car on trouve précisément, dans les programmes de 2002, les outils nécessaires pour articuler intelligemment activités scolaires et activités péri et parascolaires. Les démarches d’acquisition, les connaissances structurantes et les prolongements possibles y sont présentés et saisissables par les enseignants en collaboration avec des intervenants qui peuvent ainsi ne pas être réduits à de simples « variables d’ajustement ».

Il y a bien un « mal français » dans la conduite de nos réformes scolaires : spécialistes de combats épiques sur les « modalités », nous en oublions les « finalités ». Pris dans la frénésie des arrangements institutionnels et fascinés par les problèmes de « tuyauterie », nous en oublions les questions de contenus et de méthodes… Les tensions actuelles montrent la limite de ce « pilotage ». Espérons qu’elles nous permettront, si nous savons en tirer les leçons, de construire enfin ensemble « un discours sur l’école », clair sur ce que nous en attendons et mobilisateur pour les acteurs de terrain qui prennent tous les matins le chemin de la classe. Les professionnels de l’éducation en ont plus que jamais besoin. Notre pays aussi.

POUR CAUSER UN PEU ! (B PAQUAUX 23/01/2013)

La France est le pays qui a le moins de jours de classe pour les élèves : 144 jours. En comparaison plus de 200 en Allemagne et autour de 180 en Finlande.

La France apparait donc comme la championne de l’élevage intensif des élèves mis en batterie et qu’on gave !

Ecole Ralentir ! dit Philippe Meirieu.

Prendre le temps, voire « perdre du temps » c’est ce que l’école ne sait pas faire.

Retrouver une « éducation apaisée » (projet EELV 2012)

Une modification des rythmes scolaires, justifiée unanimement par les scientifiques au point de la fatigue et de l’attention a une autre conséquence peut être encore plus importante. Elle permet la modification de pratiques pédagogiques, elle implique de voir l’élève autrement, non pas comme un poulet à gaver dans un temps compressé , mais comme un acteur de ses apprentissages auquel on donne du temps pour expérimenter, devenir un vrai élève et un citoyen dans la temps scolaire , un enfant actif et intéressé dans le temps hors scolaire .

Reconnaitre le caractère éducatif des activités péri scolaires, c’est retrouver les fondamentaux de l’éducation populaire et affirmer que

L’éducation ce n’est pas qu’à l‘école (projet EELV 2012)

                                                                                                                     Encore du Meirieu (extraits)

Philippe Meirieu : Va-t-on vraiment refonder l’École française en 2013 ?

« Il ne faut pas bouder notre plaisir. Il (le projet de loi d’orientation) constitue une vraie bouffée d’oxygène pour un système au bord de l’asphyxie », affirme Philippe Meirieu. Mais « en réalité, la« refondation / concertation / loi d’orientation » n’est pas encore au rendez-vous. Nous sommes plutôt en présence d’un triptyque « réparation / négociation / bonnes intentions », assez loin finalement de ce qui nous était annoncé… » Pour P. Meirieu le projet de loi s’attarde à réparer bien des choses, comme la formation des enseignants, ce qui est positif, mais c’est insuffisant pour évoquer une « refondation ». P. Meirieu signale par exemple les « trous » du projet comme l’impasse sur le lycée. Mais il va plus loin en invitant à compléter le texte. Il faudrait aller plus fort dans l’expérimentation du lien entre école et collège, revoir l’évaluation, mettre en place « l’allocation de formation » pour tous les jeunes. P. Meirieu invite la loi à définir clairement les attentes de l’Etat en matière de contenus pour redonner de la liberté aux équipes de terrain. C’est elle aussi qu’il vise en revenant sur l’idée de « micro collèges  » ou « micro lycées », des micro équipes stables, à taille humaine, capables d’éduquer les petits d’homme ou plutôt de les élever.

(…)

C’est dire si un nouvel élan s’avérait nécessaire ! C’est dire aussi si le projet de loi était attendu ! Et il ne faut pas bouder notre plaisir. Il constitue une vraie bouffée d’oxygène pour un système au bord de l’asphyxie. Voilà qu’on ose reparler de « pédagogie », qu’on inscrit « le contenu des enseignements et la progressivité des apprentissages au cœur de l’école », qu’on propose une définition du « socle » qui inclut une dimension culturelle et dont on peut espérer qu’elle nous permettra de sortir de la vision étriquée et étroitement techniciste qui prévalait jusque là. Voilà qu’on instaure un « parcours d’éducation artistique et culturelle tout au long de la scolarité (1) ». Voilà qu’on reconnaît la spécificité de l’école maternelle en soulignant qu’elle n’est pas une simple préparation technique au Cours préparatoire, mais ce que j’appelle une véritable « école première » . Voilà qu’on affiche la priorité au primaire, en s’engageant à rééquilibrer les moyens en faveur de ceux qui en ont le plus besoin… et voilà même qu’on évoque la possibilité de disposer de « plus de maîtres que de classes » pour pouvoir « travailler autrement ». Voilà qu’on s’achemine vers un rééquilibrage de la semaine scolaire, dramatiquement réduite à quatre jours de classe. Voilà, enfin, qu’on remet en chantier la formation initiale des enseignants et qu’on annonce la création de 60 000 emplois dans l’enseignement sur la durée de la législature ! Autant de raisons de se réjouir…

Pour autant, à regarder les choses de plus près et tout en reconnaissant l’importance de ces avancées, la démarche de « refondation / concertation / loi d’orientation » ne répond pas encore à l’immense espérance qu’elle a suscitée. Globalement, le projet de loi qui nous est proposé aujourd’hui n’est pas à la hauteur des besoins éducatifs de notre société… Mais ce n’est qu’un « projet » de loi : il peut donc évoluer et, même, être transformé significativement pour permettre au gouvernement de faire de la jeunesse, comme il s’y est engagé, son absolue priorité.

« Refondation » ou « réparations »

Car, en réalité, la « refondation / concertation / loi d’orientation » n’est pas encore au rendez-vous. Nous sommes plutôt en présence d’un triptyque « réparation / négociation / bonnes intentions », assez loin finalement de ce qui nous était annoncé…

La « réparation » ou, plutôt, les « réparations » l’emportent, en effet, sur la « refondation » : réparations, certes éminemment nécessaires après les dégâts subis par notre système éducatif depuis dix ans, mais qui, ajoutées les unes aux autres, ne constituent pas vraiment un « projet éducatif alternatif » (2). Pour élaborer un tel projet, il eût fallu l’arrimer à une analyse des besoins de notre société et de son avenir, l’articuler au statut de l’enfance et de la jeunesse dans la modernité, le construire à partir de l’affirmation délibérée de la place de la culture face au triomphe de la marchandisation, y introduire clairement l’importance de la formation de l’attention et de la volonté chez nos élèves, condition même de tout enseignement face à la déferlante du « capitalisme pulsionnel » (3).

Car, comment « refonder » sans assigner, dans tous ces domaines, des finalités claires à notre éducation, dégagées des affirmations éculées sur le fait que « le service public de l’éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants pour favoriser leur réussite scolaire » ? Outre qu’on voit mal qui pourrait sérieusement argumenter le contraire, cette affirmation comporte, en effet, une contradiction – ou, au moins, une étonnante réduction – particulièrement significative : le « service public d’éducation » se donne pour objectif « la réussite… scolaire » ! Comme si, dans une démocratie menacée par la télécratie et la montée des individualismes à courte vue, l’éducation pouvait se réduire à la scolarisation et la réussite à la « réussite scolaire ». Certes, la loi rajoute – et c’est bien le moins ! – qu’il faut « faire partager aux élèves les valeurs de la République » et qu’on doit viser « le développement du sens moral et de l’esprit critique ». Mais ces finalités elles-mêmes sont rabattues sur « la forme scolaire » (4) de l’enseignement (à travers, par exemple, « l’enseignement moral et civique »), quand il eût fallu qu’elles structurent l’organisation de l’école, de la vie quotidienne de l’élève, de ses rapports avec la famille, les collectivités, les associations, les médias.

 La « crise de l’éducation » – banalité s’il en est des analyses contemporaines – appelle un travail collectif sur ce qui fait grandir un enfant et émerger un citoyen : l’école et ses professeurs peuvent beaucoup pour installer, dans les classes, des espaces de décélération, de construction de la pensée, de rencontre avec les œuvres de culture… mais ils ne peuvent pas assumer seuls la tâche d’éduquer, au risque d’avoir le sentiment de ramer perpétuellement à contre-courant et de devoir « vider l’océan avec une petite cuillère ».

Ainsi, l’entreprise éducative requiert-elle aujourd’hui une mobilisation globale qui ne peut être simplement pensée en termes de prise en charge par les collectivités territoriales des « trous » ouverts dans l’emploi du temps hebdomadaire par la refonte des « rythmes scolaires ». C’est tout le « tissu éducatif » qui doit être réinterrogé : la machinerie publicitaire qui exalte le caprice sous toutes ses formes, les villes qui remplacent les gardiens de square par des caméras de vidéosurveillance, les chaines de télévision qui ont renoncé à programmer des journaux télévisés décryptant l’information pour les jeunes ou qui refusent obstinément la diffusion d’émissions en version originale sous-titrée qui permettraient aux enfants d’entendre des langues étrangères et d’apprendre leur langue maternelle en lisant les sous-titres… Certes, on imagine bien que le ministre n’allait pas se lancer dans l’énumération de ces très nombreuses mesures sociétales -pourtant essentielles pour éduquer ensemble nos enfants -, mais on regrette qu’en réduisant l’éducation à la forme scolaire, il limite la portée même du travail de l’École : cette dernière risque, en effet, de se trouver de plus en plus seule à formuler des exigences en termes de réflexion et de rigueur, de curiosité culturelle et de respect des valeurs fondatrices de la communication démocratique . (5)

Aussi, puisque la loi propose, à juste titre, la création de plusieurs « Hauts Conseils » (pour les programmes, pour l’évaluation), pourquoi ne pas créer un vrai « Haut Conseil de l’Education » (et pas de l’École !) composé de personnalités de la société civile, de l’éducation et de la culture qui aurait pour tâche de faire respecter le premier des droits de l’enfant : « le droit à l’éducation » ?

Ce « conseil » devrait pouvoir s’autosaisir sur toutes les questions afférentes à l’éducation dans tous les domaines et interpeller les autorités et ministères concernés… Ce Haut Conseil permettrait aux enseignants de se sentir moins isolés dans leur tâche et permettrait donc vraiment de « refonder l’école ».

(…)

Philippe Meirieu

Professeur en sciences de l’éducation   à l’université Lumière-Lyon 2    Vice-président de la Région Rhône-Alpes (EELV),  délégué à la formation tout au long de la vie

Notes :

1  Voir : http://www.meirieu.com/ARTICLES/ecole_maternelle_ecole_premiere.htm

2  C’est aussi l’analyse de François Jarraud dans son texte du 6 décembre sur Le Café Pédagogique : « Loi d’orienttion : où est le Nord ? », http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/12/06122012Article634903973312007496.aspx

3  Sur ces éléments, voir Philippe Meirieu, Lettre aux grandes personnes sur les enfants d’aujourd’hui, Rue du Monde, 2009.

4  L’expression est du sociologue Guy Vincent qui décrit par là une organisation des apprentissages, historiquement datée, segmentée dans l’espace et dans le temps, centrée sur des exercices n’ayant d’autre objectif que l’apprentissage et l’évaluation proprement scolaires.

5  Ces valeurs sont parfaitement résumées par le pédagogue Édouard Claparède sous le terme de « probité » : http://www.meirieu.com/BIOGRAPHIE/claparedemoraletpolitique.htm

 

Dénouer le fil qui attache  les ados au temps…

Dans la mythologie grecque Chronos (le temps) avale tous ses enfants. Sauf un seul qui le forcera à  les régurgiter tous… Est-ce une métaphore applicable à l’école ? Le samedi 10 décembre a eu lieu à Paris la journée d’étude  Temps et contretemps. Usages du temps de l’enfance à l’adolescence à  l’initiative de l’association ParADOxe et du laboratoire centre interdisciplinaire sur l’enfant.

Psychanalystes, enseignants, psychologues, magistrats, éducateurs et de nombreux autres professionnels ont échangé sur l’épineuse question du rapport au temps dans les institutions accueillant des adolescents, a commencer par l’appareil éducatif. Lacanien en diable, l’ordre du jour passe par des méandres terminologiques, invitant à une réflexion profonde étayée par des vignettes de vraie vie rapportées du terrain quotidien par les conférenciers. Les thèmes invitent radicalement à élever le débat très au-dessus des clichés sur l’accélération des temps modernes et le rythme effréné de la société occidentale. Les intervenants n’ont pas donné dans le panneau des poncifs sur le calendrier scolaire déséquilibré, la question du samedi matin ou (pourquoi pas) la semaine des quatre jeudis.

Loin des sentiers rebattus par la grande presse il s’agissait davantage de dénouer le fil qui attache les ados au temps, comme toute éducation (socialisation) enserre ceux qui en sont les destinataires. En l’occurrence, il était question des jeunes qui se prennent les pieds dans le fil et qui restent un temps tout emberlificotés. Reste à dénouer pour leur donner une raison de conjuguer le futur. En l’occurrence, durant cette journée, c’est cette opération de dénouage dont ont parlé plus de cent-cinquante praticiens œuvrant auprès de patients, de délinquants juvéniles, de mineurs protégés… Dénouer, certes. Mais quel dénouement ?

Plutôt pour un dénouement heureux. Le débat n’est jamais tombé dans la plainte lancinante qui affecte si souvent les cercles éducationnels, socio-judiciaires, médicosociaux… en charge de l’enseignement, de l’accompagnement et de l’écoute. Sur fond de psychologie freudienne, le ton était au volontarisme intelligent et pragmatique. Ainsi va le récit magistral de cette enseignante de banlieue qui a pu tisser un lien entre ses élèves rugueux et le programme de français le jour ou elle a compris que le temps subsaharien n’avait rien à voir avec la chronologie scolaire… Dans un cas il faut savoir faire l’éloge de la lenteur alors qu’à l’école, il n’est question que de précipitation.

Huit tables-rondes, ont suivi un fil d’Ariane dans le labyrinthe de la préadolescence et des l’adolescence. Les noms des étapes de ce périple sonnent comme un itinéraire initiatique : accueillir l’imparfait au présent ; conjuguer le nouveau ; passer au futur ; le style du temps présent ; prendre en compte les passés recomposés. Que ces perspectives heuristiques ne soient pas mal perçues ! Il ne s’agit pas de snobisme mais plutôt de délimitation intellectuelle. Est-on condamné à parler du rapport des adolescents (des élèves) au temps uniquement dans un registre de langue de faible envergure ? D’ailleurs, la langue soutenue n’interdit pas les mains dans le cambouis notamment lorsque le débat porte sur le rythme dans l’institution scolaire ; le temps et son maniement dans l’institution judiciaire ; le temps de l’adolescence…

Gilles d’Autan

Liens

CIEN Philippe Lacadee, psychanalyste, membre de l’ECF (Centre Interdisciplinaire sur l’enfant)

http://www.champfreudien.org/index.php/cien/ci[..]

ParADOxes Ariane Chotin

http://paradoxes212.wordpress.com

 

Des économistes allemands proposent de passer à la semaine de 30 heures

Par Rachel Knaebel (20 février 2013)

« Le chômage a atteint en Europe des ordres de grandeurs insupportables. Le chômage des jeunes est particulièrement effrayant », alertent des économistes allemands. Sans oublier les travailleurs pauvres, qui triment parfois 50h par semaine sans pouvoir en vivre. Dans une lettre ouverte, ces économistes proposent de réduire équitablement le temps de travail en passant à la semaine de 30h, sans baisse de salaires. Une proposition qui suscite le débat en Allemagne.

 

Surprise au pays du « modèle allemand » : dans une lettre ouverte aux syndicats et aux partis politiques, des économistes allemands demandent une réduction du temps de travail à 30 heures par semaine. Il n’y aura « jamais plus de plein emploi sans réduction du temps de travail », défendent les auteurs de l’appel déjà signé par plus de cent économistes, chercheurs, responsables syndicaux et quelques personnalités politiques de gauche ou indépendantes (Die Linke, SPD et Pirates). L’initiative a été discutée dans des grands journaux nationaux, de gauche comme de droite.

« L’Allemagne et toute l’Union européenne se trouvent dans une crise sociale et économique grave », écrivent les auteurs de la lettre ouverte. « Le chômage a atteint en Europe des ordres de grandeurs insupportables. Le chômage des jeunes, qui dépasse les 50 % dans certains pays, est particulièrement effrayant. En Allemagne le nombre d’emplois a certes augmenté ces dernières années, mais il s’agit en grande partie d’emplois précaires et à durée déterminée, qui ne suffisent pas pour vivre », assènent-ils, loin des poncifs répétés à l’envi par certains commentateurs français.

Allemagne : 6 millions de quasi chômeurs

« Aujourd’hui en Allemagne, si nous incluons les employés travaillant à temps partiel de manière contrainte, environ six millions de personnes sont au chômage ou sont sous-employées, poursuivent les économistes. Alors que beaucoup de personnes au chômage souffrent de dépression et de dévalorisation, les salariés doivent, eux, assumer un surcroît de travail. Comme nombre d’études scientifiques le montrent, le stress, le phénomène de Burnout et les maladies chroniques et psychosomatiques augmentent. Cette situation est indigne dans une société moderne du XXIe siècle. » De quoi faire écho aux débats sur l’accord interprofessionnel signé le 11 janvier à Paris.

« Près d’un million de travailleurs pauvres font aujourd’hui des semaines de 50 heures et plus pour gagner un revenu suffisant pour vivre. De plus en plus d’actifs doivent recevoir, malgré un emploi, des allocations sociales en complément. Et ceux qui n’ont rien aujourd’hui sont aussi promis à la pauvreté quand ils arriveront à l’âge de la retraite. Les conditions dans les autres États européens sont comparables, voire pires. »

Une solution : la semaine de 30h également répartie

Face à ce terrible constat, économistes et syndicalistes estiment qu’« une réduction du temps de travail à 30 heures par semaine est nécessaire et urgente. Le temps de travail moyen en Allemagne est de toute façon aujourd’hui déjà en moyenne de 30 heures par semaine, mais le travail est réparti de manière inégale [1]. L’exigence d’une semaine à 30 heures prend en compte toutes les formes de réduction envisageables (allongement des congés payés, sortie plus précoce de la vie active, années sabbatiques). Cette revendication est à poser pour tous les États européens. Car le chômage de masse est partout présent et augmente de manière dramatique dans beaucoup de pays de l’Union. »

Pour les initiateurs de l’appel, la réduction du temps de travail ne concerne plus seulement les partenaires sociaux : « Il s’agit d’un projet de la société toute entière. » Ils insistent par ailleurs sur la nécessité d’une réduction « sans perte de salaire ». « Nous connaissons les nombreux cas où les travailleurs ont fait des expériences négatives, parce que les réductions du temps de travail réalisées jusqu’ici se sont faites sans embauche de chômeurs et souvent avec une hausse de la pression au travail ». Pour eux, seule une réduction collective du temps de travail à 30 heures, à un niveau macroéconomique, est « une clé décisive, si ce n’est la plus importante, pour la perspective d’un plein emploi. »

Des réductions du temps de travail ont déjà été entreprises en Allemagne, mais au niveau d’une entreprise, avec la semaine des 28,8 heures dans certains ateliers de Volkswagen, ou d’une branche, avec la semaine de 35 heures instaurée dans les années 1990 dans le secteur de la métallurgie dans l’ouest du pays.

Rachel Knaebel

Photo : DR

Notes

[1] 26 % des actifs allemands, et 45 % des femmes, travaillent à temps partiel, contre 17 % en France, 30 % pour les femmes (source : Eurostat)

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