Tice and love

24 mars 2013

TICE and love

fichier doc Landes Les TICE seules peuvent-elles changer la pédagogie

fichier doc La fin des lettres attachéesfichier doc Les infos ruinent la santé

fichier doc Enseignement 3D

fichier doc interdiction du wifi dans les écoles

fichier doc Si le B2i était conté aux enseignants et aux éducateursfichier doc Le numérique et la loi dans le monde scolaire

fichier doc Wifi dans les écoles

fichier doc stratégie globale pour le numérique

fichier pdf Sgen et numérique 2011

fichier doc La salle informatiquefichier doc Serge Tisseron école et numérique

fichier doc article 11 enfant ère numériquefichier doc Internet Protéger c est éduquer

fichier doc Laisser les enfants devant les écrans est préjudiciable

fichier doc Des tablettes dès la maternellefichier doc la salle de classe du futur

Le tout numérique est-il une évolution souhaitable pour la formation des personnels ?

Réduire les moyens. Economiser. Diminuer les coûts. Ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux. Interchanger les disciplines. Fermer des classes pour augmenter les effectifs de celles qui restent. Supprimer la formation des nouveaux enseignants…

…et créer des moyens de substitution en matière numérique. Le numérique peut-il remplacer l’humain ?

Etre passif devant un écran permet-il à l’individu de développer les mêmes savoirs, savoir-faire et savoir-être qu’avec un formateur en présence, et des exercices pratiques en collectif ?

A la formation de terrain des enseignants succède peu à peu l’économie de moyens, via des plateformes de ressources virtuelles comme celle de NéoPass@ction. Un enseignant passif devant les vidéos est-il un enseignant qui réussit à asseoir son autorité face aux élèves ? Apprend-il mieux son métier qu’autrefois ?

La formation numérique a de sérieux inconvénients:

– elle prive les apprenants de l’humanité qui pouvait se dégager du formateur, lequel pouvait se permettre des traits d’humour, des digressions sur des exemples, à chaque cours différentes;

– elle diffuse à tous le même savoir, les mêmes savoir-faire: nous entrons ainsi dans une société normée, uniforme, où chacun entre dans le même moule;

– elle contraint l’individu à ne plus séparer son temps personnel de son temps professionnel, puisque la formation dispensée le conduit à s’y former sur son temps personnel;

– elle habitue l’individu à regarder un écran, et crée la un fabuleux marché pour les ophtalmologistes comme pour les opticiens;

– elle prive l’individu de son droit d’expression, de son pouvoir de discuter de la qualité de l’enseignement qui lui est dispensé;

– elle cantonne l’individu dans des savoirs nécessairement limités, en fonction des formats de diffusion utilisés.

Pour les apprenants, jeunes ou moins jeunes, le tout numérique rend-il une société meilleure ?

Association Aide aux Profs, Mouvement associatif de seconde carrière des enseignants

 

 

L’épuisement nerveux (burn out), mal du siècle

Concurrence, compétitivité, efficacité, productivité, tels sont les maîtres-mots des sociétés modernes, entraînées dans la masse tourbillonnante de la production de masse, de la technologie performante, de l’informatique omniprésente et de l’obsession du profit et du pouvoir d’achat.

Cette frénésie collective n’est pas sans conséquences sur la santé des individus en termes d’extrême fatigue nerveuse et psychique, ce dont on commence tout juste à prendre conscience. Car, depuis quelque temps, une sorte de «maladie du travail» se répand dans les entreprises, et ce sont évidemment les plus consciencieux, les plus chargés de responsabilités – les cadres notamment -, les plus soucieux de bien faire, les plus émotifs aussi, qui sont confrontés les premiers à ce stress permanent. Et il peut advenir que celui-ci déborde complètement leurs défenses organiques, les amenant au stade d’épuisement émotionnel que les Américains nomment «Burn out» (qu’on peut traduire par «être consumé», «s’éteindre»).

L’homme de Cro-Magnon devant l’ordinateur

Le drame de l’homme moderne, c’est que son cerveau et son système nerveux ne se sont guère modifiés au cours des cinq derniers millénaires, et sans doute pas du tout durant les deux derniers siècles. Or, quelle commune mesure y a-t-il entre le travail de notre ancêtre paysan de 1812 et celui de son descendant de 2012 vissé devant son ordinateur ? «L’homme est un étranger dans le monde qu’il a créé», déclarait déjà Alexis Carrel (Prix Nobel de médecine en 1910) qui pourtant ne connaissait pas encore la télévision, ni l’ordinateur, ni le téléphone portable.

Que dirait-il aujourd’hui ? Il ne pourrait que souligner sa sentence de deux traits appuyés. Chacun apprécie l’efficacité des moyens modernes de communication, mais on oublie qu’ils augmentent considérablement la pression mentale exercée sur chaque individu. Sacha Guitry disait déjà, en substance : «Avec le téléphone, n’importe qui vous sonne comme autrefois le maître sonnait son valet.» C’est terriblement exact ! Et Guitry non plus ne connaissait pas le portable.

Aujourd’hui, pour peu que vous occupiez un poste de responsabilité, il vous est pratiquement impossible d’échapper aux sollicitations de toutes sortes qui viennent à l’improviste vous déconcentrer et vous obligent à penser à trente-six choses à la fois. Comme ce n’est pas possible, vous en oubliez la moitié, d’où un stress supplémentaire, une anxiété au sujet d’une erreur éventuellement commise et un obscur sentiment de culpabilité qui finissent par user prématurément votre système nerveux.

Tant que vous êtes jeune et en bonne santé, vous tenez le coup à peu près, mais dès que vous passez la quarantaine, cela devient de moins en moins supportable. Or, les conditions économiques et sociales actuelles (mondialisation, allongement de la durée de vie, vieillissement des populations occidentales…) conduisent inexorablement à repousser l’âge de la retraite. Comment concilier ces deux impératifs contraires ? Entre usure nerveuse prématurée et nécessité de travailler plus longtemps, il y a téléscopage.

Les entreprises au pied du mur

Ce sera la problématique principale des entreprises dans les vingt années à venir. Il leur faudra trouver le moyen de «déstresser» leurs employés, où elles subiront une baisse importante de productivité, tandis que la Sécurité Sociale, déjà si mal en point, croulera sous les arrêts de travail.

Certaines entreprises s’en préoccupent déjà, mais beaucoup ne s’en soucient guère ou se contentent de «rajeunir» leur personnel. Le Dr François Baumann, dans son ouvrage intitulé Burn out, quand le travail rend malade (Editions Josette Lyon) écrit : «Le paradoxe étant que la personne ainsi  »consumée » ne voit pas clairement les conséquences de son état : elle n’est pas encore consciente d’être entrée dans une pathologie. Elle va poursuivre son travail à un rythme effréné et même accéléré par rapport à ses habitudes… mais avec une absence d’efficacité, une redondance dans l’effort qui entretiendra cette démotivation générale en rapport avec la faiblesse des résultats obtenus.»

Car c’est en effet la démotivation qui menace le «consumé», dégoûté de constater que son redoublement d’efforts n’obtient pas les résultats souhaités. Ou bien, pire encore, il a recours à des subterfuges : tabac, alcool, drogues, somnifères, antidépresseurs, etc. pour masquer le problème sans le résoudre. Il peut tomber alors dans des addictions dont les méfaits viendront s’ajouter à son épuisement et l’enfermer dans une situation intenable dont il ne pourra plus sortir.

Une enquête de l’IFAS (Institut Français d’Action sur le Stress) et portant sur 13.000 personnes, montre que le facteur stress au travail représente aujourd’hui pour un homme sur cinq et pour une femme sur trois un élément de risque-santé important… On ne peut qu’être inquiet en ce qui concerne l’évolution rapide et prévisible des troubles psychiques, mais aussi des troubles articulaires et des douleurs musculaires; si rien n’est fait, c’est à une véritable explosion que l’on peut s’attendre dans les prochaines décennies.

Il apparaît clairement à tous les observateurs que le formidable développement de l’informatique a considérablement augmenté la pression quasi permanente sur le système nerveux des utilisateurs. C’est l’ensemble de la société moderne qui en pâtit, étant soumise tout entière à une «communication» de plus en plus envahissante. Sous une première apparence d’accroissement de liberté, il s’est en effet constitué peu à peu une sorte d’esclavagisme de l’informatique dont la prise de conscience se fait beaucoup trop lentement pour que les «parades» se mettent en place avant que les problèmes de santé qu’il engendre ne deviennent catastrophiques.

La multiplication des agressions

L’expansion de l’informatique n’est pas apparue immédiatement comme un danger, tout au contraire. Le caractère en quelque sorte «magique» de ses possibilités techniques a tout d’abord émerveillé, voire fasciné, ses praticiens à tous les niveaux. La facilité de son utilisation, après une courte formation, la rapidité et l’efficacité de sa mise en oeuvre sont apparues comme constituant un progrès technologique majeur et un facteur décisif de productivité accrue, doublée même d’une sorte d’ «amusement», à propos duquel il fallut bientôt déchanter. Car si la «triple associée» clavier-souris-écran est on ne peut plus attractive, comme on le constate notamment sur les adolescents, elle soumet nos organismes de façon insidieuse à une complète dépendance à la machine qui a des effets ravageurs. Essayons d’établir le catalogue de ses méfaits, dont nous sommes trop souvent inconscients :

  1. L’ordinateur immobilise notre corps dans une position fixe qui limite à l’excès les mouvements de nos membres, ce qui est très dommageable à notre musculature, tout autant qu’à nos appuis osseux, à notre circulation sanguine et à notre transit intestinal.
  2. La souris emprisonne notre main droite et la soumet à des mouvements saccadés répétitifs qui n’ont rien de naturel, tandis que le clavier hypersensible conçu pour favoriser la rapidité de la gestuelle crée une fatigue neurologique constante.
  3. L’écran «hypnotise» littéralement notre regard, limite à l’extrême notre champ de vision et restreint abusivement la portée de celui-ci, ce qui diminue peu à peu ses facultés d’accommodement à la «ligne d’horizon» et nous menace de myopie. A quoi s’ajoute la permanente fatigue oculaire causée par une luminosité directe.

Est-il besoin de préciser que toutes ces agressions sont fortement aggravées dès que les nécessités professionnelles exigent une grande rapidité d’exécution des travaux. C’est alors une pression psychologique intense qui s’exerce à la fois sur notre mental et notre système nerveux, cette pression pouvant nous conduire, dans les cas extrêmes et sur les personnes plus fragiles, à un complet dérèglement de notre métabolisme et de nos facultés adaptatives.

En fait, si une activité de ce type est maintenue durant plusieurs années, la dégradation progressive de la santé est quasiment inéluctable. Tant que l’organisme est jeune, il supporte et s’adapte. Dès que l’âge commence à faire son oeuvre (autour de 40 ans en moyenne), ses défenses sont débordées et l’épuisement nerveux se déclare.

Quels remèdes sont envisageables ?

Les anxiolytiques ou antidépresseurs peuvent apporter une aide toute passagère et l’erreur serait de s’y accoutumer, car ils ne résolvent nullement le problème. Les seules solutions concrètes sont de deux ordres : celles qui dépendent de l’entreprise dans laquelle on travaille et celles qui dépendent de l’individu lui-même, ce qui n’exclut pas leur interaction souhaitable.

Il est aujourd’hui indispensable que les chefs d’entreprise comprennent que le bien-être physique et mental de leur personnel est la base même de leur productivité. L’énorme pression psychologique engendrée par l’informatique et sa rapidité (sans parler des dangers liés au rayonnement électromagnétique des ordinateurs et des téléphones portables, auxquels on ne peut pas être continuellement exposé sans dommages) nécessite au sein des entreprises une organisation fonctionnelle des locaux et des horaires permettant à chacun de pouvoir se détendre, se relaxer, «se récupérer» et prendre de temps à autre ses distances avec la surcharge émotive et psychologique ambiante.

Il faut à chacun de l’espace, du silence et du calme. Il est également indispensable que les postes de travail soient organisés en fonction d’une ergonomie efficace mise au point par des professionnels. Le travailleur doit bénéficier d’un confort maximal, car celui-ci, bien loin d’être un luxe, est un facteur capital d’efficience et de productivité et un bon moyen d’éviter l’absentéisme. C’est donc à l’avantage de l’entreprise autant, sinon plus, que de ses employés.

Quant à l’individu lui-même, il lui faut impérativement se ménager, apprendre à se relaxer dès que c’est possible, saisir la moindre occasion d’un déplacement physique (par exemple : préférer porter un papier vers un bureau voisin plutôt que le transmettre d’un ordinateur à un autre). L’idéal est de ne pas rester devant un ordinateur plus de 30 minutes sans bouger. Se lever et faire quelques pas, ne serait-ce que durant 2 minutes, a des effets beaucoup plus bénéfiques qu’on ne l’imagine.

Si les dirigeants de l’entreprise n’ont pas la capacité d’accomplir les aménagements nécessaires et si le salarié ne parvient pas, à son niveau, à réduire les néfastes effets d’une pression excessive, il ne lui reste plus qu’à changer de vie et de métier. Certes, c’est plus facile à dire qu’à faire, mais dans certaines situations intenables, c’est le seul moyen de sauver sa santé, élément primordial de notre bonheur et qui ne doit jamais être sacrifiée.

Pierre LANCE

Données le vertige

3 décembre 2012

L’humanité produit autant d’informations en deux jours qu’elle ne l’a fait en deux millions d’années.

L’avenir appartient à ceux qui sauront utiliser cette profusion.

Par GABRIEL SIMÉON

Des flots d’octets, un océan de données, un déluge de connaissances… A mesure qu’Internet tisse sa toile, le volume d’informations numérisées n’en finit plus d’exploser. D’ici huit ans, cette masse vertigineuse de «datas» sera 50 fois supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui, prédit le cabinet d’études IDC. Et il faudra dix fois plus de serveurs informatiques pour espérer gérer cette déferlante. Pas par crainte d’être submergés, mais plutôt pour être en mesure de retrouver, d’extraire et d’exploiter cette nouvelle manne.

Il y a vingt ans, nous stockions encore nos fichiers sur des disques durs de quelques mégaoctets (1 Mo équivaut à 1 000 000 d’octets, soit 106 octets, 1 octet valant 8 bits ; le bit est l’unité de base en informatique, à savoir un 0 ou un 1). Aujourd’hui, la capacité des outils de stockage a dépassé le téraoctet (To, soit 1012 octets) et il n’est plus rare pour les entreprises et les organismes de recherche de manipuler des volumes supérieurs au pétaoctet (Po, soit 1015 octets). Les nouveaux usages suivent : une sauvegarde de vos films sur un disque dur externe ? Une photo partagée sur les réseaux sociaux ou une géolocalisation depuis votre smartphone ? Ce sont autant de données qui viennent s’ajouter à la masse enregistrée sur les ordinateurs et les serveurs du monde entier. Même la façon de les interroger devient information : notre historique de navigation sur le Web, nos recherches sur Google…

Les chiffres donnent le tournis : chaque minute, environ 350 000 tweets, 15 millions de SMS et 200 millions de mails sont envoyés au niveau mondial ; pendant le même laps de temps, des dizaines d’heures de vidéos sont mises en ligne sur YouTube, des centaines de milliers de nouveaux fichiers sont archivés sur les serveurs de Facebook. L’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, estimait en 2010 que nous produisions tous les deux jours environ 5 exaoctets (Eo, soit 1018 octets) d’informations… soit autant «qu’entre le début de la culture humaine et 2003» ! Selon l’institut IDC, 1,8 zettaoctet de données (Zo, 1021 octets) a été créé en 2011. «L’information disponible à la surface de notre planète en 2020 devrait tourner autour des 40 Zo… Mais ces estimations sont rendues fausses d’année en année par les nouveaux usages», précise Jean-Yves Pronier, directeur marketing du gestionnaire de données EMC.

«Capteurs». «L’essentiel du volume d’informations généré aujourd’hui l’est encore par des humains, note Bernard Benhamou, délégué aux usages d’Internet auprès du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Mais, dans les prochaines années, il sera produit par des capteurs.» Caméras de surveillance, sondes météo, cartes bancaires et autres télescopes géants constituent déjà des mines d’informations considérables pour les secteurs concernés. Mises en réseau ou rendues publiques, elles profitent désormais à bien d’autres domaines. «La nouveauté, c’est la capacité à croiser toutes les données en provenance des capteurs, du Web et de l’open data [les informations mises à disposition par les pouvoirs publics, ndlr]», explique Serge Abiteboul, de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria). «C’est bien d’avoir des données, mais c’est mieux de les faire parler. Et, pour cela, les technologies traditionnelles ne suffisent plus», souligne Jean-Yves Pronier.

C’est là qu’intervient une nouvelle discipline : le «big data». Il consiste à analyser ces immenses bases de données en faisant tourner des algorithmes qui vont traquer le plus infime lien entre chacun des éléments stockés, puis à livrer les informations en quelques dixièmes de seconde, pour peu que la capacité de calcul des ordinateurs impliqués dans l’opération soit suffisante. Rien de bien nouveau pour Google, habitué à jongler quotidiennement avec des pétaoctets de données pour les besoins de son moteur de recherche. Mais le géant du Web a entraîné dans son sillage nombre de grands groupes désireux de faire émerger les connaissances cachées dans leurs milliards de fichiers texte. Ainsi que des entreprises appâtées par les données récoltées par les autres. Pas étonnant que de nombreuses start-up se soient créées autour de l’analyse des big datas.

Mesagraph fournit ainsi à Canal + une modélisation de son audience à partir des conversations sur Twitter. «Les téléspectateurs font souvent autre chose pendant qu’ils regardent une émission : ils vérifient les informations diffusées, commentent sur les réseaux sociaux… Et nous arrivons à dire combien tweetent en regardant le  Grand Journal, puis zappent sur Secret Story» , affirme Sébastien Lefebvre, patron de Mesagraph. Comment ? Grâce à une application «qui collecte les tweets qui nous intéressent, ceux contenant le nom d’une émission ou un hashtag spécifique, puis qui crée des métadonnées décrivant ces tweets, poursuit l’informaticien. Une fois analysées, ces informations sont ensuite restituées via une API», à savoir une interface qui rend lisible de manière graphique les résultats du traitement informatique (nuage de mots-clés, camembert, etc.).

Épidémie. Santé, sécurité, consommation, transports, sciences, marketing… Les domaines d’application semblent sans limite. «Les assurances pourront bientôt vous verser des primes en fonction de votre style de conduite, grâce à des sortes de boîtes noires installées dans votre voiture qui enregistreront la moindre information. C’est déjà le cas aux Etats-Unis», illustre Jean-Yves Pronier. Le logiciel HealthMap, qui traite en temps réel des données en provenance, entre autres, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de Google News et bientôt de Twitter pour dresser une carte planétaire des foyers de maladies, a permis de suivre l’évolution d’une épidémie de choléra en Haïti avec près de deux semaines d’avance sur les observations des autorités de santé.

Aux Etats-Unis, un programme développé par IBM est utilisé par la police de Memphis (Tennessee) pour prédire les «zones chaudes» et réduire la criminalité, grâce au croisement de données aussi diverses que les jours de paie, le type de populations par quartier et les rencontres sportives. A Singapour, on sait désormais pourquoi il faut se battre pour trouver un taxi quand il pleut. Une étude menée en 2012 a croisé les données GPS de 16 000 taxis avec les relevés météo et montré que les chauffeurs s’arrêtent de rouler dès les premières gouttes de peur d’être impliqués dans un accident et de devoir payer un malus d’assurance élevé. Le cabinet d’études Gartner estime que les entreprises qui auront intégré toutes les dimensions du big data d’ici à 2015 seront plus performantes de 20% par rapport à leurs concurrentes. Pour des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology, à Boston), ce serait plutôt entre 5% et 6%. Les administrations publiques européennes y gagneraient aussi en efficacité, à en croire un rapport de McKinsey, qui chiffre à 250 milliards d’euros par an le total des économies pouvant être réalisées.

La course à l’équipement informatique bat donc son plein. En France, un appel à projet doté d’une enveloppe de 25 millions d’euros a été lancé pour développer des technologies d’exploitation de ces très gros volumes de données. Aux Etats-Unis, on voit plus grand encore. Après avoir alloué 200 millions de dollars (155 millions d’euros) à la recherche dans ce domaine en mars, le pays inaugurera en septembre 2013 le plus grand centre de traitement de données au monde. Un centre d’espionnage, à vrai dire : capable d’analyser simultanément plus d’un yottaoctet d’informations (Yo, 1024 octets), il aura pour mission d’intercepter, de déchiffrer et de stocker la totalité des communications mondiales !

Qui dit big data dit-il forcément Big Brother ? Le piratage de 24 millions de comptes Sony en 2011 – contenant notamment les informations bancaires des utilisateurs – ou l’affaire des «target coupons» – un Américain a découvert la grossesse de sa fille en voyant la teneur des publicités hyperciblées, envoyées par les commerçants sur la base de l’examen de ses tickets de caisse – obligent à se poser la question de la sécurité et de la confidentialité des informations.

Surtout que la moitié seulement des données nécessitant une protection en bénéficie réellement, selon IDC. Saviez-vous, par exemple, que le ministère de l’Intérieur commercialise les données personnelles de ceux qui ont immatriculé leur véhicule après août 2011 ? Et si, à l’avenir, l’obtention d’un crédit bancaire dépend d’un examen préalable de votre profil numérique, comment éviter les dérapages ?

«Compagnon». L’optimisme semble pourtant de mise pour Jean-Yves Pronier : «Cela va naturellement bénéficier à la société et aux entreprises. Le big data sera un compagnon de tous les jours pour chacun d’entre nous.» Vision idyllique ? Les ingénieurs ne sont en tout cas pas au bout de leurs peines. «Au-delà de 2020, il va sans doute falloir trouver de nouvelles techniques de stockage et des algorithmes encore plus performants, observe Christine Collet, chercheuse spécialisée en base de données au Laboratoire d’informatique de Grenoble (LIG). Sans la donnée, on ne peut rien faire. C’est une vraie matière première. Et celle qui aura été transformée vaudra cher.»Alors, ira-t-on jusqu’à taxer ces informations à forte valeur ajoutée pour renflouer les finances publiques ? Pour cette chercheuse, «c’est une question qu’on peut se poser».

Photos: Emmanuel Pierrot.Vu pour Libération

 

Perdre son temps  la nouvelle fracture numérique

Par Xavier de la Porte le 04/06/12

La lecture de la semaine est un article paru mardi dans le New York Times sous la plume de Matt Richtel (@mrichtel), et il est intitulé “Perdre son temps : la nouvelle fracture numérique”. Un bon sujet de réflexion pour ceux qui ont l’accès à l’internet comme seule politique numérique.

“Dans les années 90, commence l’article, le terme de “fracture numérique” est apparu pour décrire la séparation entre ceux qui possédaient la technologie, et ceux qui ne la possédaient pas. Il a été à l’origine de nombreux efforts pour mettre dans les mains des Américains, en particulier des familles les plus défavorisées, les outils numériques dernier cri. Ces efforts ont permis de réduire la fracture, c’est un fait. Mais ils ont eu une conséquence inattendue, qui a surpris et troublé aussi bien les chercheurs que les politiques et le gouvernement. D’après les études menées, une fois l’accès aux technologies démocratisé, les enfants des familles les plus pauvres passent considérablement plus de temps que les enfants de familles aisées à regarder la télévision ou utiliser leurs gadgets pour regarder des émissions et des vidéos, pour jouer ou se connecter à des réseaux sociaux. Ce nouveau fossé, celui du “temps gaspillé” dépend plus, selon les chercheurs, de l’aptitude des parents à surveiller et limiter l’usage des technologies par leurs enfants, que de l’accès à ces mêmes technologies.

“Cette nouvelle fracture préoccupe à ce point les autorités que la Federal Communications Commission réfléchit à dépenser 200 millions de dollars pour créer un corps de formateurs dédié à l’alphabétisation numérique. Ce groupe composé de milliers de personnes parcourrait les écoles et les universités pour enseigner l’usage intelligent des ordinateurs aux parents, aux élèves et aux chercheurs d’emploi. Il s’appuierait aussi sur des réseaux de formation déjà existants et des initiatives déjà en place de formation au numérique.

La FCC et les autres décideurs disent vouloir toujours mettre l’informatique dans la main de tous les Américains, car le fossé reste important. Selon elle, près de 65 % des Américains ont un accès à internet chez eux, mais on tombe à 40 % pour les foyers aux revenus les plus bas. 50 % des Hispaniques et 40 % des Afro-américains n’ont pas d’accès à l’internet. Il ne s’agit donc pas de limiter l’accès. Mais, selon la célèbre ethnographe américaine danah boyd, “l’accès n’est pas la panacée. Non seulement ça ne résout pas le problème, mais cela reflète et magnifie les problèmes existants”. Comme beaucoup de chercheurs, danah boyd pense que l’effort initial de réduction de la fracture numérique n’avait pas anticipé que les ordinateurs seraient utilisés à ce point à des fins de divertissement.

Une étude (.pdf) publiée en 2010 par la Kaiser Family Foundation a montré que les enfants et adolescents dont les parents n’avaient pas l’équivalent du bac passaient 90 minutes de plus par jour à utiliser les médias que les enfants de familles plus favorisées socioéconomiquement. En 1999, la différence n’était que de 16 minutes. “Malgré l’utilisation éducative potentielle des ordinateurs, la réalité est que leur usage éducatif ou pour la création de contenu ayant du sens est minuscule comparé à leur usage pour le divertissement pur”, explique Vicky Rideout, qui a mené l’étude pour la Fondation Kaiser, “au lieu de réduire la fracture, ils augmentent le fossé du temps gaspillé”. Même si les enfants de familles éduquées jouent aussi beaucoup, le défi est donc accru pour les parents et enfants de familles défavorisés, ceux qui étaient censés profiter de la réduction de la fracture numérique. L’article montre ensuite que les conséquences peuvent parfois être désastreuses, notamment pour la scolarité.

Le constat n’est pas nouveau, me rappelait gentiment Bernard Benhamou, le délégué aux usages, qui précisait que Manuel Castels avait déjà dit cela en 1999. Oui, mais ce que notent les chercheurs, c’est l’accroissement de l’écart, en temps et usage, un accroissement dû, et c’est un paradoxe à des politiques bienveillantes de démocratisation de l’accès. L’exemple américain pourrait inspirer une politique numérique en montrant qu’elle doit tenir sur deux jambes : accès d’un côté, éducations aux usages de l’autre…

Xavier de la Porte

Inyernet actu.net

 

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